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Le « New Deal » du président Trump

Donald Trump veut s’inscrire dans la lignée des grandes réformes économiques américaines.

Dès le lendemain du triomphe électoral de 1932, l’administration et la majorité démocrates du Congrès mettent en oeuvre les réformes annoncées au cours de la campagne présidentielle, y compris les plus révolutionnaires. Avec 76 lois votées en trois mois, les Etats-Unis en sortiront profondément transformés.

De l’Amérique, la révolution se diffusera dans le monde entier ouvrant la voie à une ère nouvelle dans l’histoire : la révolution keynésienne, la recherche du plein-emploi, l’Etat providence, la social­-démocratie. Ensuite il y aura le New Deal – la mise en cohérence des réformes, constitutives d’une nouvelle société et la formalisation de la nouvelle doctrine.

Cette brillante expérience prend l’allure d’un mythe fondateur, que chaque président nouvellement élu voudra répéter. L’administration Reagan inventera les « Reaganomics », en même temps que la révolution monétariste érigera l’inflation au rang d’ennemi public numéro un, en contre-pied de la révolution keynésienne. Puis viendront les « Clintonomics » et les « Obamanomics », ciblés sur le plan de la santé publique.

Et les « Trumponomics » ?

Pour mériter de se voir décerner ce titre convoité, les réformes doivent être radicales et clivantes, et constituer un tout cohérent. Tel est bien, en effet, le schéma dont la présidence Trump a voulu imprimer l’image:

– Un discours de rupture, par exemple à propos du protectionnisme longtemps diabolisé, redevenu aujourd’hui à la mode

– Les photos du « blitzkrieg » législatif exposant le stylo du président signant à un rythme stakhanoviste les lois de démantèlement de l’Obamacare

– de même dans les secteurs de ­l’environnement et de l’énergie, où le changement climatique, bannière de combat des écologistes et de la nouvelle gauche californienne, est baptisé de « canular », annonçant des coupes budgétaires sauvages dans les budgets, la fin de la chasse au charbon et au pétrole, et des subventions aux énergies renouvelables

– la renégociation des traités économiques multilatéraux, comme le Nafta, le TPP, le traité du climat…

– les réalisations matérielles de haute visibilité : ainsi le programme des ­investissements d’infrastructures, répondant en écho aux grands travaux rooseveltiens, le mur du Rio Grande aux barrages hydroélectriques de la Tennessee Valley.

Mais la pièce majeure des Trumponomics devrait être la réforme fiscale que le discours du pouvoir annonce comme historique avec un taux de l’impôt sur les entreprises ramené à 15 % et une forte baisse de l’impôt des riches.

Dans les pas de Roosevelt et Reagan ?

Ce n’est pas la première fois qu’est posée la question de savoir comment conduire les réformes de grande ampleur dans une société pluraliste, où chaque pouvoir est équilibré par un contre-pouvoir et où le Congrès, qui écrit le droit, est aux mains de lobbys puissants et compétents.

Il est de bon ton dans les milieux de l’oligarchie ­bancaire et médiatique – concept éminemment trumpien – de moquer les réformes du trumpisme en les simplifiant jusqu’à la caricature. Ne traitons pas Trump par le mépris amusé ni par l’hystérie terrorisée. Qu’il ait été élu et continue d’être soutenu par son ­électorat dans des conditions très ­concurrentielles nous laisse à méditer notre époque : la victoire de l’économie libérale n’est pas la fin de l’histoire qu’on prédisait à la chute de l’URSS.

Le trumpisme ne se réduit pas à des slogans simplistes comme « Rendre l’Amérique forte à nouveau », ni au ­simple protectionnisme. Chaos, incohérences, imprévisibilité : les critiques font valoir que les soi-disant « cent jours » ne sont qu’une suite chaotique de volte-face, de changements de cap impromptus, de désaveux et de blocages devant le Congrès et les tribunaux.

Mais les deux grands présidents réformateurs Roosevelt et Reagan, en leur temps, furent eux aussi paralysés par la Cour suprême et les règles de l’équilibre des pouvoirs. Ce qui n’empêcha pas la dynamique de déployer sa force irrésistible.

 

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