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Après l’OPEP, quel véritable prix pour l’énergie ?

L’accord intervenu lors de la dernière réunion des pays membres de l’OPEP a été qualifié d’historique. Reste à savoir si cet accord aura des effets concrets, quand il sera réellement appliqué. Jean-Marie Chevalier explique pourquoi l’évolution des prix du pétrole va rester incertaine.

La conférence de l’OPEP du 30 novembre a, semble-t-il, confirmé la volonté exprimée à Alger en septembre pour réduire la production des pays membres de l’organisation et faire remonter les prix. Rappelons que les prix actuels (de 40 à 50 dollars par baril) sont très insuffisants pour couvrir les besoins budgétaires des principaux pays producteurs-exportateurs : c’est dramatique pour le Venezuela, l’Algérie, le Nigeria, l’Iran, la Russie mais c’est aussi insuffisant pour l’Arabie Saoudite ou le Koweït. A Alger, les pays de l’OPEP ont voulu associer à leur action la Russie, deuxième producteur mondial.

Suite à la conférence du 30 novembre, la production de l’OPEP et de la Russie pourrait être réduite de 1,5 million de barils/jour à partir de janvier 2017 (pour une production mondiale d’environ 95 millions de barils/jour). Cette réduction serait principalement supportée par l’Arabie Saoudite (0,5) et la Russie (0,3). Quelle répercussion cette réduction pourrait-elle avoir sur les prix ? Pour répondre à cette question, il faut tenir compte de la profonde transformation du marché pétrolier international depuis la montée du pétrole de schiste américain.

Les Etats-Unis qui importaient massivement du pétrole brut sont devenus en quelques années le premier producteur mondial de brut, devant la Russie et l’Arabie Saoudite et le premier exportateur mondial de produits raffinés. C’est un changement majeur car la production américaine est entre les mains de plusieurs centaines de compagnies et elle ne peut pas être régulée.

Si la décision de l’OPEP a pour effet une augmentation des prix, cette augmentation pourrait avoir pour effet de pousser la production américaine, donc de mettre une pression à la baisse des prix… Cette question pose le problème de la dépendance de l’industrie pétrolière américaine par rapport au prix international du pétrole brut. On a vu que la stratégie des prix bas menée par l’Arabie Saoudite n’a pas découragé la production américaine. On ne sait guère ce que peuvent entraîner des prix plus élevés.

La conférence de l’OPEP marque un tournant dans l’histoire des prix du pétrole. L’OPEP n’est plus en mesure de fixer le prix. Les prix bas de ces derniers mois font souffrir de nombreux  pays producteurs et ils ont entraîné une chute importante des grands investissements pétroliers. Ceci entraînera un nouveau déséquilibre entre l’offre et la demande et une augmentation très substantielle des prix, même si l’on a du mal à en déterminer la date.

La question du « véritable prix de l’énergie » est finalement une question inappropriée. Le prix du pétrole reste encore le prix directeur de l’énergie : il influence le prix du gaz naturel et aussi celui du charbon. Il est directeur car ces trois sources d’énergie comptent pour plus de 80 pour cent dans l’alimentation énergétique de la planète. Ce prix fluctue maintenant en fonction d’un équilibre volatil entre l’offre et la demande.

Ces deux variables sont elles-mêmes dépendantes de facteurs géopolitiques, économiques, financiers et technologiques. Par ailleurs, les interconnexions (et interdépendances) entre le marché du pétrole brut et les marchés des produits raffinés jouent un rôle majeur d’accélération ou de freinage. L’évolution du prix du pétrole appartient finalement à la gamme très large des incertitudes qui entoure le fonctionnement et l’évolution de nos systèmes énergétiques.

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