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Quel avenir pour les conférences sur le climat ?

La sortie des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat se mesure en termes environnementaux mais aussi économiques et financiers. Christian Stoffaës retrace l’histoire de différents rapports de force analogues au fil de l’histoire, et montre comment le concept de développement durable a fait progressivement entrer en scène économistes et entreprises.

Quand la première puissance du monde signe un engagement international que son Parlement ne ratifie pas, cette forme de déni de parole, de la part de l’acteur censé être le garant des grands contrats qui forment le tissu de la société internationale, engendre de lourdes conséquences. Il en va ainsi de la non ratification du Traité de Versailles par  le Sénat des Etats-Unis qui plante les germes de la Deuxième Guerre mondiale.

Que vont les COPs devenir ? Ces grand-messes annuelles se sont imposées comme le point focal de l’Internationale Verte pour rassembler les acteurs du changement climatique – aujourd’hui  au nombre de plusieurs dizaines de milliers, représentants de tous les secteurs de la société civile – branches industrielles, professions, collectivités locales, etc. Le coup de génie de l’ONU fut de faire entrer les loups des ONG dans la bergerie des diplomates, en ouvrant  la porte des conférences onusiennes aux organisations non-gouvernementales sous le statut d’observateur.

Avec un peu de cynisme, remarquons que nombreux sont ceux qui se réjouissent de mettre en minorité l’arrogant leader mondial confronté à une mesure quantifiée de l’intérêt général global. Remarquons aussi que les deux puissances anglo-saxonnes qui, hier, fabriquaient la loi mondiale, se retrouvent toutes les deux minoritaires et divisées face à ces deux grands thèmes populaires que sont l’Europe et le Climat.

La conférence de l’ONU, tenue à Rio en 1992, et réussissant à rassembler – venus en personne sous l’intense pression médiatique des opinions publiques – les chefs d’Etat des plus grandes nations, lui confère une force politique singulière pour faire adopter la convention climat (UNFCCC) qui engage la mécanique inexorable des rendez-vous annuels des COPs, illustrant le rôle prescripteur des grands choix de société que prennent les scientifiques au XXIème siècle. Tout comme les  économistes jouèrent eux mêmes un rôle prescripteur des choix publics au XXème siècle lorsqu’il fallut éclairer les options politiques par des chiffres.

Tout ce qui se mesure s’améliore. Les dommages infligés au climat sont mesurables par un indicateur quantifié simple, les émissions de gaz à effet de serre et l’empreinte carbone applicable à toutes les sources de nuisance, et mesurable en tous points de la planète.

Avec l’appui des médias internationaux, ce dispositif engendre un nouvel ordre international, la fin du monde westphalien, où ce n’est plus la diplomatie des Etats-nations, mais le circuit direct entre la loi internationale incarnée dans les instances de l’ONU, et la base des forces sociales et politiques nouvelles, qui créent la norme internationale.

C’est à la COP3 de Kyoto que le conflit éclate entre les pays émergents qui refusent de handicaper leur développement et les Etats-Unis qui exigent des engagements paritaires. Dès lors, le décor est planté. L’administration Clinton, représentée par son vice-président Al Gore, signe le protocole de Kyoto que le Congrès refusa – et refuse toujours – de ratifier. La plupart des pays signataires s’en retirent, la Conférence de Copenhague COP15 en 2009 signe l’acte d’échec.  La COP 21 de Paris a pour mission  de sortir de l’impasse, ce qu’elle réussit à faire jusqu’à ce que le retrait américain ne la fasse retomber dans l’ornière.

Parallèlement au durcissement du conflit, prend forme le concept de développement durable qui ouvre la porte à l’entrée des économistes et des entreprises. Le temps du dialogue économie/climat est venu. L’illustration la plus visible est la transition énergétique : elle n’est plus considérée comme l’ennemie de la croissance mais comme la relance de l’économie sur des voies nouvelles. Après la confrontation est maintenant venu le temps de la conciliation, qui n’est pas sans évoquer la synthèse de l’économique  et du social qui marqua l’histoire du XXème siècle.

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