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Les Banques Centrales ont perdu le nord

Effet Trump, encore et toujours. L’euro connaît une rentrée mouvementée. La devise européenne grimpe depuis quelques semaines. A 1,2040 dollar ces derniers jours, l’euro est au plus haut depuis janvier 2015. Selon Jean-Paul Pollin, l’effet Trump ne s’est pas estompé, loin de là. « Quand Donald Trump a été élu à la présidence des Etats-Unis, le dollar a augmenté, donc l’euro a beaucoup baissé, parce que Trump était arrivé avec un programme d’augmentation des dépenses, d’investissements publics, de réductions d’impôts, une limitation de l’immigration, l’instauration de barrières douanières, etc. Tout ceci était inflationniste », explique l’économiste. Or, plus le temps passe, plus on s’aperçoit que Donald Trump ne tiendra pas son programme. « Le risque qu’il ne fasse rien est devenu très fort. Il y a donc ce retour en arrière. C’est, je crois, l’essentiel qui explique aujourd’hui les mouvements de l’euro contre le dollar », assure Jean-Paul Pollin.

Du bon et du moins bon. C’est la traditionnelle question : quelles sont les conséquences d’une  hausse prononcée de l’euro ? Pour les consommateurs, c’est plutôt favorable. « Si l’euro monte, tout ce que nous importons coûte moins cher, et si ça coûte moins cher, cela veut dire que les prix, en principe, doivent baisser. Ca doit être le cas de notre facture pétrolière, dont le repli se retrouve dans le prix du fuel ou des carburants ». Mais, comme l’explique le président honoraire de l’Université d’Orléans : « Malheureusement, il n’y a pas que des conséquences positives. Si l’euro monte, cela réduit la compétitivité des entreprises, car nous vendons nos produits plus chers à l’étranger ». Et de prendre l’exemple d’Airbus. « L’action de l’avionneur a (récemment) chuté car il vend ses avions en concurrence avec Boeing. Quand les coûts de production d’Airbus en euro augmentent, automatiquement, cela réduit la compétitivité du groupe européen face à l’américain. Ce qui veut dire moins de commandes et surtout une réduction des marges ».

Relance de la zone euro compromise ? « Tel que c’est parti, je ne le pense pas… ça ne devrait pas se ressentir tout de suite », répond Jean-Paul Pollin, qui reconnaît toutefois que « la relance dans la zone euro est relativement fragile. Il n’en faut pas beaucoup pour que cela recule ». Selon Jean-Paul Pollin, tous les acteurs sont exposés de façon différente à cette menace des fluctuations de parités. « On dit généralement que la perte de compétitivité touche surtout les industries bas de gamme. Or, l’exemple d’Airbus montre le contraire ». De même que « tous les pays ne sont pas affectés de façon identique. On considère qu’en France, nous sommes moyennement affectés face à des pays comme le Portugal et l’Italie… ».

Boussole détraquée. « La situation dans laquelle nous sommes montre que les banques centrales ont perdu le nord », affirme, haut et fort, Jean-Paul Pollin. « Dans un temps pas si lointain, leur tâche était simple, si je puis dire, puisqu’il s’agissait de maîtriser l’inflation. Aujourd’hui, de l’inflation il y en a beaucoup moins dans le monde, puisque les Etats-Unis n’arrivent pas la faire repartir, la BCE non plus. Du coup, cela pose un problème aux politiques monétaires qui ont perdu leur objectif principal. De surcroît, ceux qui pilotent les politiques monétaires ont une peur bleue de la conséquence de la remontée des taux d’intérêt », explique l’économiste, qui justifie ainsi leur actuelle inertie : « A Jackson Hole (NDLR : séminaire annuel des banquiers centraux aux Etats-Unis), ni la présidente de la FED, Janet Yellen, ni le président de la BCE, Mario Draghi, n’ont été capables d’adresser un discours intéressant, et utile aux marchés, sur ce qu’ils allaient faire dans le futur ». Mauvais présage ? Affaire à suivre.

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