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Big bang de la formation : les enjeux d’une réforme

Faire émerger un marché de la formation et investir de manière prioritaire dans les personnes peu qualifiées sont les véritables grands objectifs de la réforme de la formation professionnelle.

La France souffre d’un réel déficit de compétences dans de nombreux domaines. Notre système de formation professionnelle actuel est incapable de faire face aux besoins, à la fois par manque d’efficacité et d’équité. La réforme annoncée est l’une des plus ambitieuses jamais envisagée. Mais son impact dépendra en grande mesure de sa mise en oeuvre sur le terrain.

Notre problème de compétences est structurel. Un cinquième des Français en âge de travailler n’ont qu’une capacité minimale de compréhension de textes simples ou de notions mathématiques élémentaires. Cela place la France en bas de l’échelle des pays de l’OCDE.

Pénuries de compétences

Par ailleurs, un salarié sur trois est en inadéquation avec son poste, en très grande majorité du fait d’une sous-qualification. Les plus grandes pénuries de compétences sont aujourd’hui recensées dans l’enseignement, l’informatique et les domaines technologiques, mais aussi dans des domaines de compétences plus transversales comme les aptitudes à l’oral, la résolution de problèmes complexes et le management.

Certes, une partie de ces difficultés proviennent du système scolaire, qui laisse partir trop de jeunes sans les bonnes compétences. Mais la formation professionnelle n’est pas non plus en mesure de combler les écarts.

Alors que nous dépensons près de 35 milliards d’euros chaque année en formation, seul 1 Français sur 3 en âge de travailler bénéficie d’une action de formation, contre plus de 1 sur 2 aux Etats-Unis ou en Allemagne, et 2 sur 3 dans les pays nordiques. Chez les personnes n’ayant pas le bac, ce taux est même deux fois plus faible, alors que leurs besoins sont nettement plus importants.

S’inspirer du modèle allemand

Dans ce contexte, le premier enjeu de la réforme actuelle est de faire émerger un véritable marché de la formation où la qualité du service rendu est transparente. De ce point de vue, la fin annoncée du rôle de collecteur-prescripteur des organismes paritaires collecteurs agréés de branche (OPCA) est une réforme sans précédent du système. Mais il ne faudrait pas que ce type d’intermédiaire aux intérêts particuliers ne réapparaisse ailleurs.

À ce titre, la nécessaire certification des organismes de formation, qui fait partie de la réforme, est une excellente chose, à condition d’être réalisée par des agences indépendantes des partenaires sociaux, sur le modèle allemand créé dans les années 2000. C’est à cette condition qu’on observera une montée en qualité des quelque 80.000 organismes actuels de formation.

De la même manière, le Conseil en évolution professionnelle (CEP) est une étape essentielle pour mobiliser de manière utile les moyens du compte personnel de formation (CPF). Mais ce type de prescripteur devra lui aussi relever d’un marché transparent et faire l’objet d’une certification indépendante.

Financer les demandes de formation

Le second enjeu est d’investir de manière prioritaire dans les personnes ayant peu ou pas de diplômes, et notamment les plus jeunes. La création d’une application mobile réunissant tout à la fois les droits du CPF, les formations existantes, ainsi que les besoins et les débouchés sur le marché du travail local est une excellente idée.

Elle est de nature à réduire les coûts administratifs et de recherche d’information qui découragent en priorité les moins qualifiés. De même, la transformation en euros des heures cumulées sur le CPF constitue une avancée majeure, car une heure de formation d’un cadre coûte beaucoup plus cher qu’une heure de formation d’un employé. Le système actuel est donc anti-redistributif. Mais le CPF reste aujourd’hui largement sous-financé, et on ne sait pas très bien comment seront payées les demandes croissantes de formations qualifiantes, forcément plus longues et coûteuses.

Enfin, pour inciter les moins qualifiés à se former, les méthodes de formation devront évoluer. La formation en salle de classe ne convient pas toujours à ceux qui ont raté la marche de l’école. Les formations en ligne ou celles effectuées en situation de travail doivent être urgemment développées.

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