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Catastrophes naturelles, des produits d’assurances de plus en plus adaptés

Irma, Harvey… depuis le passage des ouragans et de leur furie destructrice dans les Antilles, les  habitants espèrent un avenir meilleur mais la reconstruction, tant matérielle que personnelle, sera longue. Les assureurs sont déjà à l’œuvre, eux-mêmes directement et lourdement impactés par les événements climatiques. Philippe Trainar explique les progrès réalisés, grâce notamment à l’évolution permanente des produits financiers.

 

Suite aux ouragans de ces dernières semaines, l’impression générale est que le nombre et le coût des catastrophes climatiques s’accroissent exponentiellement. En fait, il n’en est rien. Si l’on se réfère à une moyenne mobile sur dix ans, certes les catastrophes naturelles restent les désastres les plus meurtriers pour l’homme, et parmi elles les catastrophes « climatiques » demeurent les désastres les plus coûteux pour l’homme et pour les assureurs. Mais leur nombre a tendance à diminuer, et leur coût à stagner, ces dernières années.

 

Pour autant, cela ne veut pas dire que les choses vont mieux car, en dépit de nombreuses obligations d’assurance dans le monde en la matière, les catastrophes naturelles restent des désastres sous-assurés et surtout des désastres de plus en plus sous-assurés, et pas seulement dans les pays moins développés. En effet, les coûts économiques des catastrophes naturelles dans le monde croissent actuellement beaucoup plus vite que le coût de ces catastrophes pour les assureurs : +5,6% contre +4,6% respectivement en moyenne mobile sur dix ans, sur la période 1991-2016.

 

Faut-il imputer ce « gap » de couverture à une insuffisance de capacités offertes par l’assurance, qui justifierait une offre complémentaire des Etats, à l’instar du régime des catastrophes naturelles en France ? Ou, au contraire, est-il imputable à l’imprévoyance des agents, qui justifierait un recours plus systématique à l’obligation d’assurance ? Certains ont tiré argument de la baisse du chiffre d’affaires de la réassurance depuis 2014 pour conclure à l’insuffisance des capacités offertes par l’assurance au niveau mondial.

 

En fait, cette baisse est imputable à celle des tarifs et non à la réduction des couvertures. De fait, les capacités offertes par l’assurance, mesurées par le capital mobilisé par les réassureurs au niveau mondial, sont en hausse continue. Entre 2014 et 2016, cette hausse s’est poursuivie grâce à l’apport des capitaux dit « alternatifs », notamment grâce des obligations catastrophes et des ILS (Insurance Linked Securities), qui ont porté les capacités de la réassurance de 575 à 595 milliards de dollars. Force est donc de conclure que l’insuffisante couverture des catastrophes naturelles ne saurait être imputée ni à la réassurance, ni à l’assurance.

 

Les obligations catastrophes, qui jouent donc un rôle important dans l’extension récente des capacités de couverture des catastrophes naturelles, sont des obligations, souvent à trois ans, qui servent un intérêt sensiblement supérieur au LIBOR. Leur principal n’est, en contrepartie, pas remboursé à l’échéance si une des catastrophes prévues au contrat se produit. Elles illustrent la capacité d’innovation des marchés financiers. Alors que l’assurance, puis la réassurance, concentrent les risques pour les mutualiser, le marché des capitaux alternatifs fragmente ces blocs de risques mutualisés pour les céder par petit bout aux investisseurs, en contrepartie d’une rémunération attrayante et largement décorrélée des chocs financiers.

 

Ces deux opérations que sont la mutualisation et la fragmentation du risque permettent de maximiser la réduction de la prime de risque sur les catastrophes naturelles. C’est pourquoi, l’utilisation optimale du capital alternatif se fait en complément de la (ré)assurance, pour tirer les bénéfices des deux opérations, et non en substitution de celle-ci, ce qui ferait perdre le bénéfice de la mutualisation.

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