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Et si le chômage n’était pas une fatalité ?

Quelle est la bonne méthodologie pour aborder la question du chômage de masse ? Peut-être faudrait-il se rendre compte que les problématiques qui y sont liées ne relèvent pas toutes du marché du travail.

Contre le chômage de masse, a-t-on vraiment tout essayé ? Sans doute non. Le Cercle des économistes relance ses Cahiers par une publication qui est aussi un manifeste, rédigée par plus d’une dizaine de praticiens et d’auteurs académiques, et destinée à explorer des pistes nouvelles.

Le chômage devient « de masse » lorsque la croissance est insuffisante ou non créatrice d’emplois, et que les entreprises ne parviennent plus à résister à la concurrence, subissent des contraintes et des coûts excessifs et affichent des marges trop faibles et des spécialisations inadéquates.

Du côté des mesures axées sur le marché de l’emploi et sur son fonctionnement, les auteurs prônent la mise en place de contrats de travail à droits progressifs ainsi que la responsabilisation des entrepreneurs grâce à un système de modulation des cotisations patronales d’assurance-chômage. La baisse des charges sur les salaires les plus bas est indispensable, mais elle ne saurait constituer l’horizon indépassable d’une politique de l’emploi.

On ne peut s’attaquer au chômage sans combattre dans le même temps la segmentation du marché du travail, qui conduit les populations les plus fragiles à être les plus touchées par les récessions. En effet, parce que les pays – tels les Etats-Unis ou le Royaume-Uni – qui parviennent à des situations de quasi-plein-emploi le font en large partie sur la base d’emplois ultra-précaires, multipliant le nombre des travailleurs pauvres , il faut mener des politiques de lutte contre le chômage qui s’attaquent en parallèle à la bipolarisation du marché.

Depuis le local

La fragilité de nombre d’emplois procède le plus souvent de l’inadéquation de la qualification aux besoins du marché. Il faut généraliser la possibilité de compenser un échec ou de se reconvertir, et notamment repenser la formation professionnelle, devenue une formidable machine à dépenser (32 milliards d’euros chaque année) d’une redoutable inefficacité.

Ces politiques, pour être pertinentes, doivent se décliner au niveau local, s’élaborer depuis les régions. Elles doivent prendre appui sur les travaux de recherche qui identifient l’évolution des besoins en compétences, les métiers en croissance et les métiers en perte de vitesse.

Le Cercle des économistes rappelle qu’on a beaucoup essayé, mais pas assez mis en avant une pensée critique globale sur l’ensemble des facteurs qui contribuent au chômage : il est temps de substituer cette vision globale à une vision exclusivement centrée sur le fonctionnement du marché du travail.

En d’autres termes, il faut troquer une vision parcellaire faite de l’addition de mesures contre une politique qui, certes, s’attaque au fonctionnement du marché, mais aussi à l’éducation en amont, à la formation dans une logique de deuxième chance, à la fiscalité, à l’autoentrepreneuriat, au logement, à la mobilité. Un exemple : une allocation logement pour les jeunes en mobilité aiderait à l’acceptation d’un emploi impliquant un déménagement.

Revaloriser les activités de proximité

Allons plus loin. Il faut puiser dans la lutte contre l’inégal partage des richesses les moyens de revaloriser les activités et les emplois de proximité.

D’aucuns reprennent la distinction entre emplois nomades indifférents à la localisation et emplois sédentaires liés à leur territoire d’exercice : si de nombreux « nomades » vendent leurs biens et services à l’international, la prospérité qui s’ensuit profite à tous.

Mais ces « nomades » sont tentés d’acheter à bas prix les services des « sédentaires », et, s’ils perdent en compétitivité, ils se retrouvent sur le marché du travail des « sédentaires ». Ceux-ci ne trouvent plus à s’employer, et deviennent alors des « inutiles ». Un enjeu majeur est d’éradiquer les « trappes d’inutilité » en revalorisant les activités de proximité.

Une politique de l’emploi ne s’invente pas « d’en haut », depuis le seul ministère du Travail. Elle relève de la coopération entre institutions, de l’échelon régional, et requiert non seulement des moyens mais aussi une perspective globale et non sectorielle.

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Les Cahiers du Cercle : Il n’y a pas de fatalité au chômage de masse

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