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Crise – ou récurage – bancaire en zone Euro ?

550d634082bc43ba7072d8b0f87a6203-627x362Certains annoncent une prochaine crise bancaire ! Tant que la date n’est pas précisée, peu de chances de se tromper. Les crises sont inhérentes au système capitaliste. Cette fois-ci, l’argument porte sur la faible profitabilité des banques de la zone Euro qui serait due à la fois aux taux bas, voire négatifs, (donc à la politique monétaire menée par la BCE), et à la réglementation prudentielle accrue (d’où un besoin en fonds propres dont le coût moyen est de l’ordre de 9% selon le survey de l’EBA de décembre 2015).  Cette faible profitabilité contribuerait à la fragilité du système financier européen.

La taille du système financier de la zone Euro croît depuis la crise : de 51.000 milliards d’euros en 2008 (528 % du PIB) à 64.000 milliards fin 2015 (613% du PIB). Il semble donc toujours surdimensionné, mais la part des banques (institutions financières monétaires) a décru de 58% à 43%, en faveur de celle des non banques, appelées à tort la finance de l’ombre).

Un rapide calcul révèle que la participation des banques a donc – légèrement – baissé. Le problème du « too big to fail » demeure. Cependant, les fonds propres des banques n’ont cessé d’augmenter et atteignaient 13,2% (Core Tier 1) en décembre 2015. Certes, il s’agit d’une moyenne et toutes les banques ne sont pas solides ainsi que les stress tests de l’EBA, menés en juillet dernier, l’attestent.

La baisse de la profitabilité des banques est-elle inquiétante? Le célèbre rendement sur fonds propres a été divisé par trois depuis la crise et s’établit à environ 5% (soit moitié moins que pour leurs concurrentes américaines). Normal : le montant des fonds propres a presque doublé et donc le levier a diminué.

Cette baisse de la profitabilité s’explique également par un environnement de taux d’intérêt bas, et plus précisément par les anticipations de persistance de ce niveau, ce qui se traduit par une courbe des taux aplatie. Or, la profitabilité de l’activité d’intermédiation bancaire classique (transformation des échéances) dépend de la pentification de cette courbe. De plus, des taux nominaux négatifs sur leurs dépôts à la BCE, alors que les dépôts à vue sont non rémunérés (voire pour certains rémunérés, comme le livret A à 0,75%), « renchérissent » le coût des ressources bancaires.

La hausse des commissions et autres frais bancaires est inéluctable mais délicate à mettre en œuvre dans un contexte de concurrence exacerbée due à une surcapacité du système bancaire. Imaginons un instant que les banques aient eu moins d’amendes à payer pour « mauvaise conduite »… elles auraient été plus profitables et mieux dotées en fonds propres !

La véritable inquiétude réside dans le fait que, contrairement à leurs homologues américaines, les banques européennes n’ont pas fait le grand ménage de leur bilan : les prêts non performants s’élèvent à 1.000 milliards d’euros (contre 530 en 2008), dont 200 milliards pour les seules banques italiennes. Cette hausse résulte du ralentissement économique et de la montée du chômage et non d’une prise de risque volontaire des banques : selon l’EBA, les actifs pondérés par les risques sont passés de 12.000 milliards en 2008 à 10.000 milliards fin 2015.

Le problème est que seule la moitié des prêts non performants ont été provisionnés. Et pour l’Italie il reste encore 40 milliards à provisionner, d’où le chiffre d’une recapitalisation nécessaire estimée autour de ce montant… d’où les préoccupations actuelles de la Banque Centrale Européenne.

 

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