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Débloquer les leviers de la croissance économique, le capital et le travail

Triple handicaps. La France a un nouveau président de la République en la personne d’Emmanuel Macron. Mais elle a aussi trois handicaps selon Christian Saint-Etienne : politique, économique et social. « Sur le plan politique, les électeurs favorables à une fermeture économique, ou physique, de l’espace national représentent la moitié de l’électorat, et l’élection d’Emmanuel Macron ne modifie pas ce partage. Sur le plan économique, la croissance moyenne est de 1,1 % par an depuis quinze ans, et nous n’arrivons pas à nous arracher de cette stagnation relative, alors que nous avons besoin d’une croissance durablement supérieure à 2 % par an pour commencer à réduire réellement le chômage. Enfin, sur le plan social, environ 60 % de la population se considèrent comme appauvris, sans espoir de rebond rapide, avec un sentiment d’abandon par les élites politiques et économiques qui semblent indifférentes à leur sort ». Pour l’économiste, ces trois « plantages » sont intrinsèquement liés.

Leviers d’action. Selon Christian Saint-Etienne, la question centrale « relève de l’ingénierie politique et sociale : quels sont les leviers pour briser les contraintes qui empêchent le redéploiement de notre énergie intellectuelle et entrepreneuriale ? ». « Suffit-il d’attendre un sauveur pour que les forces politiques se réalignent autour d’un projet commun ? Ce qui pouvait faire sens dans une société rurale et archaïque n’est plus qu’une farce », raille l’économiste. « Dans un système complexe et globalisé, aucun individu ne peut, à lui seul, résoudre tous les problèmes. Seule une action collective sur la base d’un contrat politique transparent peut remobiliser nos forces. Or il n’y a même pas eu de tentatives d’écrire un tel contrat ». Emmanuel Macron pourra-t-il œuvrer en ce sens ?

Rénovation, investissement, fiscalité. Pour rénover la machinerie de la croissance, il faut relancer l’investissement en capital et débloquer le marché du travail. Comme l’explique Christian Saint-Etienne dans une tribune publiée sur son blog : « pour accélérer l’accumulation de capital, la réforme fiscale clé consiste à ramener toute la fiscalité des revenus du capital (intérêts, dividendes et plus-values) à un prélèvement libératoire à la source de 28 % le 1er janvier 2018, avec une réduction programmée à 25 % en trois ans, au rythme d’un point par an (sans toucher au régime fiscal de l’assurance-vie qui finance la dette publique) ». Et l’économiste de poursuivre : « Une division par deux des taux de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) permettrait de réduire les effets nocifs de cet impôt sans subir un contrecoup politique trop violent de la part d’une opinion qui reste favorable, à plus de 70 %, au maintien de l’ISF. L’ISF ne serait supprimé qu’après la mise en œuvre du nécessaire programme de réformes structurelles. Le taux de l’impôt sur les sociétés (IS) suivrait le même chemin : 28 % en 2018 et baisse d’un point par an jusqu’à 25 %. Un taux d’IS à 15 % s’appliquerait aux premiers 50 000 euros de bénéfices ». Mais, indépendamment de sa clé de voûte fiscale, une réforme globale ne saurait ignorer celle du marché du travail  et du logement… notamment.

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