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Emploi : pourquoi l’Allemagne fait mieux que la France

Ce ne sont ni les bas salaires ni les inégalités qui expliquent le plein-emploi en Allemagne. La performance allemande vient de la santé de son industrie manufacturière.

On met souvent en avant en France l’idée que si l’Allemagne est au plein-emploi, c’est en raison de caractéristiques désagréables, inacceptables en France, de l’économie allemande, comme les très faibles salaires dans les services domestiques et la construction et le creusement des inégalités et de la pauvreté avec le développement des « travailleurs pauvres ».

Or, les critiques françaises sur le modèle allemand sont totalement infondées. Ce ne sont ni les bas salaires ni les inégalités qui expliquent le plein-emploi en Allemagne, mais la capacité de l’Allemagne à garder une industrie de grande taille et en expansion.

La démographie ne fait pas tout

Le taux de chômage est aujourd’hui de 10 % en France et de moins de 4 % en Allemagne. Il est d’abord tentant d’attribuer le plein-emploi en Allemagne au vieillissement démographique. Mais la performance en matière de création d’emplois et de taux d’emploi de l’Allemagne est nettement supérieure à celle de la France.

Le taux d’emploi (pourcentage de la population en âge de travailler qui a un emploi) était de 64 % en France et en Allemagne en 2003. Aujourd’hui, il est de 74 % en Allemagne et de 64 % en France. La population active n’a pas augmenté moins en Allemagne qu’en France depuis 2014, ce qui est lié à l’immigration. La démographie n’est donc pas l’explication de l’écart de taux de chômage entre la France et l’Allemagne.

Les petits « job » ne sont pas la principale explication

La critique « française » du plein-emploi en Allemagne porte sur le développement d’emplois peu protégés et au salaire très faible. Pourtant, les inégalités de revenu après redistribution sont les mêmes en France et en Allemagne ; le pourcentage de la population au-dessous du seuil de pauvreté est à peine plus élevé en Allemagne qu’en France.

Il est vrai, en revanche, que les chômeurs en Allemagne ne peuvent pas refuser, de manière répétée, un emploi, un stage, une formation ou une mesure d’insertion. Le supplément de créations d’emplois en Allemagne par rapport à la France vient depuis 2009 des administrations publiques, depuis 2008 de la construction, depuis 2005, de manière importante, de l’industrie manufacturière, depuis 2006, des services aux entreprises et financiers. L’emploi industriel joue dans ce phénomène un rôle majeur : de 2002 à 2016, il ne baisse que de 3 % en Allemagne, alors qu’il baisse de 24 % en France.

Les salaires ne suffisent pas à justifier l’écart

Enfin, l’analyse des données montre que les salaires sont similaires en France et en Allemagne dans les administrations publiques, sont plus élevés en France qu’en Allemagne dans la construction, sont plus hauts en Allemagne qu’en France dans l’industrie manufacturière, sont plus élevés en France qu’en Allemagne dans tous les services (aux entreprises, domestiques).

Cette vue d’un modèle social allemand développant les inégalités est erronée : le supplément de créations d’emplois en Allemagne par rapport à la France vient de tous les secteurs sauf, précisément, des services peu sophistiqués ; les salaires sont plus élevés dans les services en France, mais plus hauts dans l’industrie en Allemagne.

Si l’emploi manufacturier avait évolué en France comme en Allemagne, l’emploi total serait plus élevé en France de 2,5 %. Cela vient de la capacité de l’Allemagne à exporter, donc à faire croître son industrie. De 2002 à 2016, les exportations de l’Allemagne ont crû de 39 % de plus que celles de la France, la valeur ajoutée de l’industrie a augmenté en Allemagne de 17 % de plus qu’en France. Ce qui est central pour expliquer l’écart de performance en matière d’emploi entre l’Allemagne et la France est bien le maintien en Allemagne d’une industrie de grande taille en expansion : la capacité de production de l’industrie a augmenté de 40 % en vingt ans en Allemagne, elle a baissé de 10 % en France.

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