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Des fonds d’investissement pour la défense

Dans un contexte de restriction sur les budgets de la défense, encourageons le lancement de fonds d’investissement dans les pays européens.

Chacun sait le poids de la contrainte sur les budgets de défense. Dans un tel contexte, la piste des fonds d’investissement, juste amorcée, est à creuser, sans exclusivité mais sans timidité. Selon les cas, ces fonds financent les entreprises en fonds propres ou interviennent via d’autres types de financement.

Une récente étude sur la nationalité des actionnaires des principales entreprises de défense européenne, réalisée par la Chaire Economie de défense, montre que les liens d’actionnariat entre les groupes de défense européens sont globalement faibles et que l’actionnariat non européen est important.

Actionnariat étranger

Au niveau européen, les liens sont concentrés essentiellement sur Airbus Group, MBDA et KNDS. Cette situation ne favorise pas la création de filières européennes de niveau mondial. L’actionnariat non européen, notamment américain, est important dans les grandes entreprises de défense cotées sur le marché financier, mais il touche également les PME de défense. Une autre étude réalisée pour le ministère des Armées a montré que les PME innovantes de défense sont des cibles de choix. Elles ont ainsi plus souvent que d’autres PME un groupe étranger dans leur capital.

Les structures capitalistiques des entreprises […] déterminent largement le contrôle sur l’entreprise, influencent ses décisions et ses performances.

Cet actionnariat étranger permet de répondre à des besoins de financement. L’internationalisation des activités, le développement des projets en coopération entre des entreprises de nationalités différentes peuvent également nécessiter d’internationaliser leur capital. Néanmoins, les structures capitalistiques des entreprises ne sont pas neutres ; elles déterminent largement le contrôle sur l’entreprise, influencent ses décisions et ses performances.

Les entreprises de défense étant stratégiques sur le plan militaire et économique, des solutions de financement doivent être trouvées afin de financer leur développement, mais aussi de préserver leur contrôle en Europe. Il faut ainsi encourager le lancement de fonds d’investissement, publics ou privés, dans les pays européens pour maintenir le lien national, développer les consolidations européennes et équilibrer l’actionnariat non européen.

Fonds publics

La DGA et bpifrance ont signé en mai dernier un accord pour créer dès cette année un fonds d’investissement Défense à destination des entreprises jugées stratégiques. L’objectif de cet accord, confirmé par la ministre des Armées cet été, est de contribuer à une consolidation de la filière sur le long terme.

Doté initialement de 50 millions d’euros et des compétences des deux partenaires, ce fonds accompagnera majoritairement des entreprises de petite taille, start-up, sociétés innovantes en phase d’industrialisation et des entreprises critiques pour les programmes d’armement. Il interviendra pour renforcer leur bilan et stabiliser leur capital.

De son côté, la Commission européenne a lancé en juin un Fonds européen de la défense avec deux volets : «financement de la recherche» et «développement et acquisition» en vue, notamment, de promouvoir une base industrielle compétitive et innovante. Ce fonds renforcera les programmes européens. L’augmentation de ses dotations annuelles jusqu’en 2020 le portera à 1,5 milliard et permettra de générer un investissement total de 5,5 milliards d’euros par an (avec l’effet de levier).

Jean-Claude Juncker a également souligné que la Commission soutiendrait les efforts de la BEI en vue d’améliorer l’accès des chaînes d’approvisionnement de la défense à des moyens additionnels de financement. En revanche, aucune intervention en fonds propres n’est prévue pour l’instant au travers de ce fonds.

Commencer par des fonds d’investissement publics, au plan national ou européen, est une étape pour attirer vers le financement de la défense plus d’argent privé via un classique effet de levier. Car, pour de bonnes ou de moins favorables raisons (comme la montée du terrorisme et de l’insécurité), les investisseurs privés n’auront pas, ce faisant, à sacrifier les exigences de rentabilité à long terme.

Jean Belin est titulaire de la Chaire Economie de Défense du fonds de dotation de l’IHEDN. Christian de Boissieu est président du conseil scientifique de cette Chaire et vice-président du Cercle des économistes.

 

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