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Formation : regardons ce qui se fait aux Etats-Unis

Le système français inadapté. Le Premier ministre, Edouard Philippe, vient de présenter la feuille de route des réformes de l’apprentissage et de la formation professionnelle, prochains grands chantiers du quinquennat d’Emmanuel Macron. Aux dires du chef du gouvernement, le sens de la réforme du marché du travail, et donc, en amont, de la formation, est « d’offrir de nouvelles protections et de vraies garanties aux actifs ». Selon Stephane Carcillo, « La France présente des inégalités de revenus plus faibles qu’ailleurs et notamment qu’aux Etats-Unis. Mais notre système d’éducation reproduit et amplifie les inégalités parce qu’il est fondamentalement destiné à faire émerger une élite. Il s’agit de produire 20% de très bons ». L’économiste regrette qu’ « en chemin, on laisse tomber les autres parce qu’on ne croit pas en eux. Sauf qu’on les retrouve à la fin sans emploi ». La France compte aujourd’hui plus d’un million de jeunes âgés de 25 à 34 ans n’ayant ni baccalauréat, ni un équivalent à l’issue de leur parcours scolaire. Le retard n’est, ensuite, jamais rattrapé.

L’exemple américain. Stephane Carcillo invite à regarder ce qui se fait aux Etats-Unis, pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’outre-Atlantique, « les programmes sont évalués de manière scientifique et rigoureuse. Cette approche a cours depuis une trentaine d’années. Elle est privilégiée notamment par les ministères (Education, Emploi) qui ont ainsi des arguments à faire valoir auprès du Congrès américain pour qu’il débloque des crédits ». L’occasion de « disposer ainsi de beaucoup d’évaluations sur ce qui marche et sur ce qui ne marche pas. Il y a beaucoup de programmes ». Autre raison aux yeux de l’économiste : « l’approche américaine est souvent de donner des crédits pour tester des programmes avec des objectifs à atteindre. Les acteurs locaux les mettent ensuite en œuvre comme ils le souhaitent. Cette diversité dans les approches apporte davantage d’enseignements ».

Caractéristiques des programmes américains. Outre-Atlantique, les programmes éducatifs ont des points communs sur la place donnée aux compétences non cognitives, le fort taux d’encadrement, l’adaptation aux besoins économiques locaux et le suivi post-programme. Comme l’explique Stephane Carcillo dans l’hebdomadaire Entreprise&Carrières  : « beaucoup de temps est passé sur les compétences non cognitives : remotiver les jeunes en leur faisant redéfinir un projet professionnel et personnel, les faire travailler sur leurs capacités à interagir avec les autres, être résilients et persévérants, à faire preuve de curiosité… ». Le lien avec les employeurs locaux est très important. Par exemple, « dans Year Up [NDLR : l’école de la deuxième chance version américaine], la part de financement privé est importante car les entreprises l’utilisent comme un pré-recrutement. Le programme sélectionne les jeunes, les remet à niveau, les formes à des postes bien identifiés par les entreprises partenaires. Ces dernières ont aussi un avantage fiscal à le faire parce qu’il s’agit d’un programme d’éducation », souligne l’économiste. Selon lui, « la France a de nombreux atouts pour mener de tels programmes : un tissu associatif important, des missions locales, des chercheurs de haut niveau en matière d’évaluation, une administration de haute qualité, etc… ». Une politique gagnant-gagnant.

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