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Pour que la France devienne une vraie « start-up nation »

Picture1Emmanuel Macron ne compte pas ses efforts pour promouvoir le développement des start-up. Il emboîte le pas aux grands acteurs privés, tel Xavier Niel. La qualité de la démarche tient à l’accompagnement dès l’amont de la création et jusqu’à l’accomplissement du projet, depuis la sélection des idées, l’hébergement dans des incubateurs, la prise en charge de certaines fonctions support, le soutien à la recherche de financements, l’aide à la conquête de marchés étrangers, l’ouverture de l’écosystème français aux start-up étrangères et la politique de communication qui va avec. Et les exemples de réussite commencent à fleurir en toutes sortes de domaines, santé, biotech, Internet des objets, open data, fintech, énergie, transports, etc.

Quatre remarques s’imposent. Premièrement, la réalité de l’innovation qui sous-tend les projets est très inégale, depuis le simple détournement d’une rente à la faveur d’un processus de désintermédiation permettant une plus grande efficacité, jusqu’à la réponse à des besoins mal couverts et à la création de nouveaux services.

Deuxièmement, reste à bâtir l’hybridation de cette économie ultradynamique et chouchoutée par tous avec la grande masse des PME (99,8 % du nombre total des entreprises, 7,1 millions d’employés), dont seules les deux tiers sont équipées d’un site Internet en 2015 et à peine plus de 10 % vendent leurs produits en ligne. Les start-up sont concentrées, de surcroît, sur une vingtaine de zones d’emploi, et Paris caracole en tête avec 500 sociétés identifiées, l’inauguration toute récente d’un nouvel incubateur, le Cargo, et la future ouverture de la Halle Freyssinet destinée à héberger un millier de start-up. Se dessine ici un enjeu crucial d’aménagement du territoire et d’harmonisation, que l’on retrouve dans d’autres pays.

Troisièmement, la construction de modèles économiques pérennes ressemble à un parcours du combattant. Le passage à la profitabilité est lent et incertain, et la start-up peut subir une perte d’argent dans des proportions parfois importantes. Le crédit et le financement participatif ne sauraient suffire. Il faut du capital de la part des institutions financières et des « business angels », capables de faire le pari de pertes sur des dizaines de projets pour un seul qui s’avère pérenne et rentable. Ce rapport au financement, éloigné de la pratique traditionnelle du banquier, est la condition du soutien à la créativité. S’invente ainsi un modèle qui intègre le risque de l’échec sans le sanctionner par principe, au sens où le startupper doit pouvoir se lancer dans un autre projet. C’est là un changement culturel et pas seulement financier, qui implique aussi d’inciter celui qui décide de vendre sa société à réinvestir dans de jeunes pousses ; c’est le modèle du futur compte épargne investisseur. Le train est parti et il ne saurait s’arrêter, même si beaucoup reste encore à faire : selon EY, les investissements en capital-risque à destination des start-up françaises ont représenté 1,81 milliard d’euros en 2015, deux fois plus qu’en 2014, mais bien moins qu’au Royaume-Uni (4,3 milliards) ou qu’en Allemagne (2,6 milliards).

Dernier point : l’inscription des start-up dans une concurrence redoutable au niveau mondial entre entreprises indifférentes à leur localisation, fortes d’une organisation flexible, requiert le déploiement de compétences bien au-delà de la technologie. La qualité des ingénieurs français ne résume pas les besoins. L’enseignement doit intégrer à tous les niveaux les apprentissages liés aux pratiques et aux savoirs numériques. Il doit préparer à la complexité du management des entreprises du numérique. Et c’est là un enjeu européen. Les partenariats entre Etats membres doivent s’intensifier. Retenons par exemple la suggestion du CNNum d’un « start-up visa » permettant un accès simplifié aux procédures administratives dans les pays de l’UE, ainsi que l’idée d’un « Erasmus des startuppers ».

 

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