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France : quelles ordonnances pour quelle croissance ?

Emmanuel Macron investi président de la République, place aux réformes promises. Emploi, retraites, fiscalité… le nouveau chef de l’Etat veut procéder par ordonnances, sans toutefois négliger le dialogue avec les partenaires sociaux. Jean-Paul Betbeze explique en quoi ce système de gouvernance peut entretenir la croissance économique.

Les ordonnances promises par le candidat Emmanuel Macron vont-elles aider, ou non, le début de quinquennat du président Macron ? En tout cas, les voilà au centre de la politique française, avant de connaître le Premier ministre, ses ministres et a fortiori les résultats des législatives ! Les marchés financiers vont regarder ce bras de fer : il sera décisif en politique et plus encore en économie.

Pour Emmanuel Macron, il s’agit d’accroître la réactivité des entreprises, en leur permettant de s’adapter plus rapidement, et surtout plus finement, à un environnement plus changeant que jamais. C’est ce qu’on appelle de manière trop technique : « l’inversion des normes » entre la branche et l’entreprise. Cette inversion, où la discussion au sein de l’entreprise l’emporte (sous certaines conditions) sur les accords de branche, est ce que les économistes appellent « la décentralisation des décisions ». Plus précisément, l’accord majoritaire d’entreprise, ou, à défaut, le référendum interne, préciseront les horaires et l’organisation du travail au sein de l’entreprise, étant bien entendu que la durée légale du travail et le salaire minimum resteront fixés par la loi.

Mais pour les syndicats, notamment CGT et FO, c’est là un renforcement du pouvoir patronal. Les partis extrêmes, à droite et à gauche, sont aussi vent debout, comme Benoît Hamon et une bonne part du PS. Ils voulaient l’abrogation de la loi El Khomri. Au fond, pour les uns, recourir aux ordonnances, c’est poursuivre une démarche d’adaptation et de compétitivité – avec débat. Pour les autres c’est plus de précarisation – avec tensions.

Et les marchés financiers ? Ils comprennent les logiques de branche comme étant, en général, plus favorables aux entreprises puissantes et installées. Ils savent aussi qu’elles freinent la mobilité dans la création de valeur dans l’innovation et dans les « disruptions » en cours. Les logiques de branche favorisent les rentes et la concentration, donc les « grandes valeurs classiques ». Les logiques plus proches de l’entreprise permettent plus de mouvements, de concurrence, avec plus de risque et de volatilité.

Les logiques de branche ont plutôt tendance à stabiliser la croissance globale sur longue période, mais sur une pente amortie. Les logiques d’entreprises permettent aux PME qui souffrent, la majorité en France, de réagir, notamment en investissant et en formant, pour remonter la pente. Surtout, elles permettent à de nouvelles générations d’entreprises de naître, faisant accélérer la croissance. L’inversion des normes est une « place aux jeunes ».

En France, le manque de fonds d’innovation, le poids de la fiscalité sur les investisseurs et les créateurs freinent le changement. De jeunes entreprises sont nées ici comme Withings, SeLoger.com, Meetic ou PriceMinister, mais les voilà en mains étrangères. Ce sont Nokia (Finlande) pour Withings, Axel Springer (Allemagne) pour SeLoger.com, Match (Etats-Unis) pour Meetic ou Rakuten (Japon) pour PriceMinister. La France vend son blé en herbe.

« L’âge moyen des entreprises du Cac 40 est de 105 ans, celui des entreprises du Nasdaq, aux Etats-Unis, est de 15 ans », disait un ancien ministre de l’Economie, un certain Emmanuel Macron – et de trente ans pour le Dow Jones. C’est d’ailleurs lui qui veut diminuer l’impôt sur les entreprises et sortir les titres de l’ISF – sans passer cette fois par les ordonnances. Changer la société est plus difficile que revoir sa fiscalité !

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