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La relance par la consommation, un souvenir de Mai 68

Après les événements de mai 1968, la France a relancé l’économie par la consommation.

Une hausse des salaires pour faire repartir l’activité par la demande, en poussant les entrepreneurs à produire plus et à embaucher : c’est, quand les gaz de la rue Soufflot se dissipent, notre souvenir économique de Mai 68. C’est le « projet de protocole d’accord de Grenelle » des 25, 26 et 27 mai. Devenu « théorie de la relance par la demande », on le retrouve en mai 1981 dans le Programme commun de la gauche. Le revoilà dans la « nécessaire hausse des bas salaires » et dans « la théorie de la demande » – à gauche, face à « la théorie de l’offre ».

De Mai 68, on retient la hausse de 35 % du SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti), la suppression des « abattements de zone » qui faisaient baisser ce SMIG en fonction du coût de l’habitat, la hausse de 56,2 % du SMAG (minimum agricole), qui fusionne avec le SMIG, la hausse de 4 % des salaires de la fonction publique et de 10 % des salaires, plus l’objectif des 40 heures et la hausse du minimum vieillesse. Bref, Mai 68 est un choc de demande, après des semaines de grève.

Après la relance, la rigueur

Consultés, les modèles économétriques de l’époque (Metric, STAR et DMS), aujourd’hui disparus, divergent. « Metric le keynésien » est optimiste, « STAR le marxiste » annonce la reconstitution du taux d’accumulation par la récession et « DMS le centriste » prévoit d’abord un effet positif de demande, avant que la baisse de l’investissement ne pèse sur l’activité et l’emploi !

Bien sûr, ces modèles ne « peuvent » intégrer la dévaluation. Pourtant, c’est la question. Refusée par le général de Gaulle pour des raisons politiques : « Il tient à son franc », dira Alain Peyrefitte, mais plus encore « il le sent menacé par l’inflation. Celle-là, il la hait viscéralement ». Les sorties de capitaux s’accélèrent. Comme la dévaluation est officiellement refusée le 23 novembre, voici une politique de rigueur le 25 : économies budgétaires, encadrement du crédit et contrôle des changes. Très « anti-68 », ce choix commence à marcher début 1969 : les capitaux reviennent.

Mais, après le refus du référendum sur la régionalisation et le départ du général de Gaulle le 28 avril 1969, la question de la dévaluation revient. Elle est faite le 8 août 1969 par Jacques Chaban-Delmas, sachant que (aimablement) le mark se réévalue le 27 octobre. Elle rétablit la compétitivité prix de la France et s’accompagne aussi d’une politique de crédit qui soutiendra l’investissement et la modernisation des entreprises. Le déficit extérieur se résorbe, l’inflation est forte, mais ailleurs aussi, ce qui donne une croissance du PIB dépassant 5 % entre 1969 et 1972. Alors : « relance par la consommation » ou par la dévaluation ?

Relance d’aujourd’hui

Evidemment, la « relance par la consommation de 1981 » sera bien plus forte que celle de Mai 68. Elle combine hausse de 10 % du SMIC et de 3,4 % des traitements des fonctionnaires, hausse des retraites, nationalisations de cinq grands groupes industriels et des principales banques et assurances. Le « plan Mauroy » représente 1,7 % du PIB. Mais, à mesures plus fortes, réactions négatives plus violentes. Déficit commercial et déficit budgétaire entraînent le « tournant de la rigueur » avec trois dévaluations : 3 % le 4 octobre 1981, 5,75 % le 12 juin 1982 avec un « plan de rigueur » et 8 % par rapport au mark le 21 mars 1983.

Aujourd’hui, la relance par la consommation, en fait par les salaires, revient, au moment où le déficit commercial se réduit à peine, avec un début de modération salariale, dans une zone euro où la concurrence est plus forte que jamais, sous l’effet d’une révolution non pas sociale mais technologique. Les usines vont où les salaires sont bas, les équipements déterminant plus la qualité des produits, les services sont mobiles. Le tout sans oublier le déficit budgétaire. La relance d’aujourd’hui est celle du crédit aux entreprises, les marges étant insuffisantes et la dévaluation du franc… compliquée. Même en mai 2018, on peut demander l’impossible !

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