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L’assurance-vie reste-t-elle attractive ?

La lente, mais certaine, remontée des taux d’intérêt en Europe pose la question du rendement de l’épargne des Français. Philippe Trainar explique pourquoi, dans ce contexte, l’assurance-vie conserve ses atours.

L’assurance vie est attractive : elle a collecté 134,7 milliards d’euros en 2016. Certes ce montant est en très léger recul par rapport à 2016 mais la collecte nette des prestations versées reste positive, même si elle est aussi en recul par rapport à l’année précédente. Au total, l’encours des contrats s’élève à 1632 milliards d’euros, en progression de 3 % par rapport à 2015.

Mais, l’assurance-vie va-t-elle rester attractive dans les années qui viennent ? Ce produit d’épargne a été le grand bénéficiaire de la baisse des taux d’intérêt au cours des trois dernières décennies. Alors que les placements alternatifs ne pouvaient offrir que les taux courants en baisse, l’assurance-vie, plus précisément les contrats en euros, ont pu offrir des taux plus élevés grâce à la mutualisation inter-temporelle qu’elle opère entre les différentes générations de contrat, et qui lui a permis d’utiliser les rendements plus élevés de ses placements antérieurs. Tant que les taux ont baissé, la mécanique de la mutualisation a joué en faveur de l’assurance-vie qui offrait aux assurés le bénéfice tout à la fois d’un rendement avant impôt supérieurs, d’un avantage fiscal et de la sécurité, une véritable formule magique qui explique son succès comme support préféré des ménages pour leur épargne.

Pour obtenir une rémunération similaire sur les placements alternatifs, ils doivent prendre plus de risques. Cette belle et longue histoire d’amour entre les épargnants français et l’assurance pourrait toutefois prendre bientôt fin avec la remontée des taux. Certes, nous n’en sommes pas encore là en Europe, et la Banque Centrale Européenne est bien décidée à mener son programme d’achat d’obligations de 80 milliards d’euros par mois jusqu’en mars – ramené à 60 milliards d’euros par mois entre avril et décembre 2017 –, « voire après, si nécessaire, jusqu’à ce que le Conseil des gouverneurs estime que l’inflation » reste sur le chemin des objectifs affichés.

Néanmoins, avec la remontée des taux aux Etats-Unis, la question de la remontée des taux en Europe est devenue une quasi-certitude. L’incertitude ne portant que sur sa date. A partir de là, la mécanique de la mutualisation qui a joué en faveur de l’assurance-vie va s’inverser et jouer en sa défaveur. Le rendement des actifs que les assureurs-vie détiennent en stock va en effet avoir un temps de retard par rapport au rendement courant des actifs, donnant un avantage aux placements alternatifs pendant la période de transition où les taux d’intérêt vont revenir à leur niveau normal de long terme.

Si la remontée des taux se fait à un rythme raisonnable, ce qui suppose qu’il n’y ait ni dérapage inflationniste, ni perte de contrôle de la dette publique en Europe, et si le nouveau niveau normal des taux vers lequel les marchés vont converger reste dans les ordres de grandeur de ce que nous avons connu avant la crise – comme le pensent la plupart des experts –, alors l’assurance-vie a toujours de bons arguments en sa faveur, à commencer par son traitement fiscal qui lui permet d’absorber un écart de rendement raisonnable par rapport aux placements alternatifs durant la période de transition.

Pour se protéger de la concurrence que lui feront les placements alternatifs, elle peut aussi convaincre les assurés de s’investir en unités de compte, lesquelles représentaient déjà 84% de la souscription nette d’assurance-vie en 2016. Autant dire que l’assurance-vie a encore de bons et solides arguments en sa faveur.

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