30 universitaires et une conviction : l'importance d'un débat ouvert et accessible

Le numérique pour enseigner autrement

le-numerique-pour-enseigner-autrement-web-tete-0219Dans le débat passionné sur la réforme du collège, le slogan du gouvernement est : « Mieux apprendre pour mieux réussir ». Qui pourrait être contre un tel objectif ? Et, pourtant, un oubli majeur apparaît dans tous les débats, celui du numérique et de son rôle dans l’enseignement. Nos élèves, ne l’oublions pas, sont à présent des « digital natives » pour qui l’usage du numérique est essentiel et non marginal, naturel et intégré à leur vie quotidienne, à leur langage, on pourrait même dire à leur culture.

C’est ce qui a conduit la chaire d’économie numérique de l’université de Paris Dauphine à réaliser, avec Médiamétrie, deux sondages pour établir une image chiffrée des perceptions et des attitudes des Français sur l’usage des nouvelles technologies dans le domaine de l’éducation et de la formation. Les résultats montrent en premier lieu que presque la totalité des personnes interrogées (96 %) déclarent que les nouvelles technologies ont changé la façon de travailler et les trois quarts le pensent fortement. Ce qui est surtout surprenant c’est que cette quasi-unanimité s’observe quels que soient l’âge, la région, le sexe ou la CSP !

Il apparaît ainsi que l’intégration des nouvelles technologies dans la vie professionnelle a transformé la notion de métier et a changé le contenu du travail, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Si le travail, pour 75 % des personnes interrogées, devient plus efficace avec le numérique, en revanche, pour 57 % d’entre eux, il devient moins humain. D’une manière générale, les Français ont le sentiment de travailler davantage et plus efficacement mais au détriment des relations humaines. Sur un autre plan, près de six personnes sur dix (56 %) estiment que les formations scolaires et universitaires qu’ils ont reçues ne les ont pas correctement préparées aux métiers actuels ! A l’évidence, une réflexion de fond doit être entreprise sur les contenus et les méthodes d’enseignement, aussi bien à l’université que dans les écoles et les lycées.

Un second sondage, pour compléter le précédent, s’est intéressé à l’enseignement numérique en classe ou à distance. On constate que les Français sont favorables à l’introduction de ce nouveau type d’enseignement via un outil numérique : tablette, ordinateur, Internet, etc. très tôt dans la scolarité des enfants. Près de huit personnes sur dix pensent que le numérique peut être utilisé dès la maternelle ou le collège. En ce qui concerne l’enseignement à distance : vidéo, visioconférence, autoapprentissage, les personnes interrogées préconisent de le débuter partiellement, pour 57 % d’entre eux, dès la maternelle et, pour 88 %, au collège.

L’effet de l’intégration du numérique dans l’enseignement concerne aussi les enseignants. Pour trois personnes sur quatre, il faut former les professeurs aux nouvelles technologies, 29 % des personnes interrogées pensent que cela allégera leur charge de travail, voire permettra de modifier leur recrutement. L’animation des cours pourrait être aussi modifiée par le numérique pour près de la moitié des personnes interrogées ; cela permettrait d’améliorer l’attention des élèves, même si pour 42 % le rôle du professeur reste très important. Enfin, 72 % des sondés considèrent que l’enseignement numérique accroît l’autonomie d’apprentissage des élèves, avec un bémol car 33 % des Français s’inquiètent du fait que le numérique risque d’empêcher de différencier clairement le temps de travail et le temps de repos. Ces sondages montrent que les Français font preuve, vis-à-vis du numérique, d’une grande ouverture d’esprit et considèrent qu’il doit être largement utilisé dans l’enseignement.

Il apparaît donc qu’à l’ère de la génération « millénium », la révolution numérique conduit à repenser notre système éducatif pour répondre aux attentes des Français et surtout pour nous permettre de rattraper notre retard par rapport à la majorité des pays voisins. Cependant, n’oublions pas que l’école d’aujourd’hui doit ressembler au monde de demain et l’école de demain au monde d’après-demain. En un mot, à l’ère du « tout numérique », il est essentiel de répondre par le « tous numérique ». Nous sommes condamnés aujourd’hui, comme le dit Michel Serres, à être inventifs, et il ajoute : le travail intellectuel est obligé d’être intelligent et non répétitif, comme il l’était jusqu’à présent.

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