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Les Fintech vont-elles détruire les réseaux bancaires ?

L’édition 2018 des Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence, du 6 au 8 juillet, est consacrée aux « Métamorphoses du monde ». Géopolitiques, sociales, économiques. Jean-Paul Pollin explique pourquoi la métamorphose de la finance est loin d’être achevée, et qu’il est difficile de prévoir sous quelle forme les réseaux bancaires ressortiront de cette transformation.

Les Fintech se définissent comme des innovations dans les technologies de l’information susceptibles de déboucher sur de nouveaux produits, process, modèles d’affaires dans le secteur financier. Ce n’est évidemment pas la première fois que celui-ci se trouve confronté à des mutations importantes de ses technologies. L’introduction des DAB, des paiements électroniques, ou de la banque à distance appartient à un passé encore assez proche. Mais la vague des Fintech semble plus disruptive parce qu’elle repose sur la convergence de plusieurs types d’innovations. L’alliance des progrès dans le numérique, la transmission, le stockage et l’exploitation de données va impacter doublement les fonctions des réseaux bancaires :

  • D’une part, ces nouvelles technologies donnent la possibilité à de nouveaux entrants de produire et de façon plus efficiente la quasi-totalité des services financiers. Ce qui concerne aussi bien les activités de paiements (applications pour mobiles, agrégateurs de comptes, registres distribués…), que les financements (crowdfunding), la gestion de portefeuille ou l’assurance (systèmes experts). Tout ceci étant de nature à accroitre la concurrence et à fragiliser, voire plus, la position des établissements en place.
  • D’autre part et surtout, le changement dans les modes de distribution pourrait permettre à de nouveaux acteurs (e-commerce, réseaux sociaux, opérateurs télécoms…) de s’approprier l’interface entre la production des services et le consommateur. Ou, plus simplement, il se peut que les producteurs des différents services les offrent directement et indépendamment à la clientèle, court-circuitant ainsi la fonction de distribution des réseaux en place.

En combinant les hypothèses sur ces deux types d’évolutions on peut esquisser différents scenarios de recomposition du secteur qui vont de la simple rénovation/amélioration des banques existantes à la totale désintermédiation/fragmentation de l’offre de services financiers, en passant par la capture de la relation de clientèle par les Bigtech (les GAFA).

Il est aujourd’hui très difficile de dire quel est le scenario qui l’emportera. Mais il faudrait se garder de sous-estimer la capacité de résistance des établissements en place à ces bouleversements de leur environnement stratégique. Leur désavantage comparatif par rapport aux nouveaux entrants se situe dans les coûts de liquidation de la partie obsolète de leur modèle. En revanche, ils n’ont pas attendu pour intégrer les nouvelles technologies à leurs process, soit de façon directe, soit par rachat de firmes innovantes dans le domaine.

Par ailleurs ils continuent à bénéficier d’économies de gamme dans la production et la distribution d’une pluralité de services : par exemple, leur fonction de création monétaire leur confère un avantage en termes de coûts de financement par rapport aux non-banques ou aux plateformes. Enfin les relations durables qu’ils entretiennent avec leur clientèle, qui est la caractéristique de l’intermédiation, comporte des avantages significatifs aux plans micro et macroéconomiques : le lissage des conditions de crédit et le maintien dans le temps de la relation offrent aux entreprises une assurance et une flexibilité que les marchés ne peuvent leur garantir.

Le caractère spéculatif de ces considérations peut au moins servir à démontrer que la métamorphose de la finance est loin d’être achevée et qu’il est difficile de prévoir sous quelle forme les réseaux bancaires ressortiront de cette transformation. Quoiqu’il en soit celle-ci aura, au-delà même du secteur financier, des conséquences importantes sur la croissance des économies, sa stabilité, son caractère plus ou moins inclusif… Ce qui rend d’autant plus utiles des réflexions et d’éventuelles interventions des pouvoirs publics en ce domaine. La session des Rencontres Economiques d’Aix en Provence 2018 consacrée aux Fintech se propose d’en débattre de façon plus approfondie.

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