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Les marchés financiers face au puzzle iranien : quelles réactions ?

La sortie des Etats-Unis de l’accord international sur le nucléaire iranien n’a pas provoqué de tensions sur les bourses mondiales. Mais jusqu’à quand ? Jean-Paul Betbeze explique pourquoi les investisseurs n’ont pas surréagi à la poussée des risques politiques dans la région. Il analyse les conséquences possibles pour les marchés financiers et l’attitude à attendre des opérateurs.

Montée du pétrole au-dessus de 71$ le baril, baisse du dollar par rapport à l’euro, montée des bourses et passage du rendement du bon du trésor américain à 10 ans au-dessous de 3%, telles semblent être les premières lectures des marchés sur la sortie américaine de l’accord avec l’Iran. Mais le paysage est constamment changeant, en fonction des réactions, notamment militaires, et en attendant des analyses plus approfondies, plus les propositions politiques et diplomatiques de chacun.

Ces premières réactions des marchés sont en partie contradictoires. Elles reflètent la complexité de la situation. La montée du pétrole semble une constante des réactions (du moins jusqu’à présent !), effet des inquiétudes et aussi d’une baisse éventuelle de la production iranienne, en progression depuis des mois. Mais si le prix du pétrole monte, on peut penser que les prix à la consommation vont monter, alors qu’ils sont déjà à +2,5% sur un an en avril, le plus haut depuis quatorze mois, donc aussi les taux courts et longs américains, donc le dollar ? Pourquoi tel n’est pas (encore) le cas sur les taux longs ? Est-ce que les marchés pensent à un ralentissement économique américain ? Mais alors, les bourses devraient baisser ! A moins qu’elles ne jugent que les choses vont se calmer, après les fortes prises de position de chacun (y compris militaires). De fait le prix du baril a tendance à se calmer.

Pour rendre compte de tous ces mouvements, on peut se dire que la croissance américaine est suffisamment forte, avec son plein emploi, pour résister à un choc pétrolier. D’autant que les États-Unis en sont le premier producteur mondial, et en seront dans dix ans exportateur net ! Surtout, l’économie américaine n’est pas une économie ouverte : ses exportations sont égales à 11,1% de son PIB contre 30,6% pour la France. La croissance américaine dépend de la consommation des ménages et de la construction immobilière, donc de l’emploi et de la bourse. Elle est plus résistante aux chocs externes que les économies européennes.

Les marchés boursiers vont alors raffiner la décision de Donald Trump, et intégrer la séquence des réactions européennes et iraniennes. Les européens veulent discuter, et l’Iran n’entend pas sortir de l’accord… pour autant que les Européens maintiennent leur engagement. Mais l’essentiel n’est pas dit. Certes, la décision américaine est unilatérale et plus sensible aux pressions israéliennes qu’européennes. Va-t-elle conduire à une forte montée des tensions dans la région ? Jusqu’où ? Avec quel effet sur le prix du pétrole et sur la croissance ?

Mais surtout, les États-Unis semblent avancer l’exterritorialité de leurs lois, en menaçant les entreprises et les pays qui négocieraient avec l’Iran. Les États-Unis jouent à la fois l’unilatéralisme, l’isolationnisme et l’exterritorialité de leurs lois ! Plus chez eux et plus chez les autres ! L’Iran va appuyer sur cette contradiction, en demandant aux pays qui restent dans l’accord de commercer avec elle. La charge du risque se retourne alors sur Total, PSA, Renault ou Airbus. Et les marchés boursiers vont suivre ces valeurs (qui ont baissé), en se demandant quel appui elles auront de leurs pays !

Au fond, les marchés financiers vont regarder deux « choses » séparées : l’inflation qui monte aux États-Unis et le courage européen face à la politique d’exterritorialité des Etats-Unis par rapport à leurs lois, en se demandant… s’il monte.

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