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L’inflation de la zone euro est-elle désespérante ?

Le rythme de l’inflation sur un an s’est maintenu à 1,6% en avril en France, son plus haut niveau depuis octobre 2012. Pour ce qui est de la zone euro, l’indice des prix continue d’évoluer à un niveau assez bas par rapport à la dynamique économique. Valérie Mignon détaille les raisons de cette évolution contrastée et dresse les perspectives d’évolution des prix.

Bien que l’inflation en zone euro tende à remonter, ce mouvement haussier reste très discret et l’objectif d’un taux à 2% fixé par la Banque Centrale Européenne semble encore bien loin. Eurostat a même revu à la baisse le taux annuel d’inflation pour le mois de mars, annoncé aujourd’hui à 1,3% contre 1,4% dans son estimation de début avril.

Comment expliquer cette faiblesse de l’inflation et la lenteur de cette remontée ? Un bref passage par les principaux mécanismes théoriques en jeu permet d’éclairer cette question. L’inflation peut avoir plusieurs sources. Tout d’abord, elle peut provenir d’une hausse excessive de la masse monétaire comparativement à l’augmentation de l’activité économique mesurée par la production.

Deuxième déterminant essentiel de l’inflation, la demande : lorsque la demande de biens et services croît et excède l’offre, elle tire à la hausse les prix — les capacités de production étant pleinement utilisées. Ensuite, les coûts de production des entreprises influencent le niveau général des prix au travers de deux facteurs : les salaires et les matières premières, principalement énergétiques, utilisées dans le processus de production. L’inflation peut aussi être importée, auquel cas l’élément clé est le taux de change : une devise qui se déprécie tend à tirer les prix à l’importation à la hausse, et donc le niveau général des prix.

Très faible accélération des salaires

Qu’en est-il aujourd’hui de ces mécanismes au sein de la zone euro ? En premier lieu, l’écart croissant observé entre hausse de la masse monétaire et inflation tend à indiquer que la corrélation entre les deux variables diminue, ce qui s’explique par la financiarisation accrue de l’économie européenne : le supplément de la quantité de monnaie en circulation n’est plus dépensé à des fins de consommation mais est placé sur les marchés financiers, n’impactant donc pas l’inflation. Deuxièmement, du fait du caractère relativement soutenu de la demande globale, la croissance est aujourd’hui supérieure à son niveau potentiel, mais les perspectives d’un essoufflement de l’activité économique contribuent à freiner la hausse de l’inflation. De son côté, la très faible accélération des salaires et des coûts salariaux unitaires a ralenti la progression des coûts de production limitant l’inflation par les coûts. Enfin, l’appréciation de l’euro a entraîné un recul des prix à l’importation contribuant à expliquer le caractère poussif de la remontée de l’inflation.

Une faible inflation qui pèse sur les perspectives de croissance

Si une faible inflation est généralement perçue par le « grand public » comme un facteur positif pour le consommateur, celle-ci, lorsqu’elle est durable, pèse sur les perspectives de croissance de l’économie. En effet, à terme, un faible niveau d’inflation nuit à la profitabilité des entreprises qui ont alors de plus en plus de mal à financer leurs investissements, impactant en conséquence l’emploi et l’activité économique.

Quelles sont les perspectives ? Les hausses de salaires récemment observées, notamment en Allemagne, et anticipées, devraient contribuer à relancer l’inflation. Tous les emplois ne seront toutefois pas concernés au même niveau, ceux bénéficiant le plus de la hausse se situant dans le domaine des nouvelles technologies et, dans une moindre mesure, des services de proximité. La diffusion de l’inflation salariale prendra donc du temps, retardant potentiellement le scénario d’un resserrement de la politique monétaire.

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