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Macron président, mais victoire du finance bashing

Les urnes ont parlé. Emmanuel Macron est élu président de la République. Pendant la campagne, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer le « candidat des marchés financiers ». Pour Catherine Lubochinsky, il est urgent que les opérateurs réagissent afin de lutter contre un « finance bashing » dévastateur.

Certes, si Marine Le Pen avait remporté cette élection, seules les positions longues en volatilité auraient été profitables ! Comme l’écrivait Bertrand Jacquillat, ici-même, il y a deux semaines : « la quintessence de l’horreur pour les investisseurs a été évitée ». Ces derniers ont largement anticipé ce résultat du second tour : l’adjudication par l’Agence France Trésor de jeudi dernier a permis à l’Etat français de se financer à 10 ans à 0,81 % (au lieu des 0,97% le mois précédent) d’où un écart de taux par rapport à celui de l’Allemagne réduit de presque moitié par rapport à février dernier. Le projet de taxer forfaitairement les revenus des actifs financiers et celui de sortir ces derniers de l’assiette de l’impôt sur la fortune devraient contribuer favorablement à l’évolution des marchés boursiers.

Cependant, il ressort un autre vainqueur de cette campagne électorale : le « finance bashing ». En totalisant les voix des électeurs du premier tour qui se sont portées sur des candidats ayant mis en accusation la finance, c’est sans conteste le rejet de cette dernière qui apparaît comme le thème le plus fédérateur. Au cours des débats économiques et monétaires, de nombreuses hérésies ont été prononcées, confirmant ainsi une éducation défaillante en ces domaines. Ainsi a-t-il été envisagé une double circulation monétaire Euro et « Franc », plus impossible que dangereuse puisque les traités l’interdisent ! Les propos véhéments réservés à l’encontre de LA finance – des banques et des marchés –, ont quant à eux révélé une quasi hystérie collective. Paradoxalement, selon la dernière enquête de la Fédération Bancaire Française (septembre 2016), environ 75% des français interrogés ont une image favorable de leur banque et reconnaissent le rôle central des banques dans le financement de l’économie et des entreprises !

Il est temps que les acteurs de la sphère financière s’interrogent sur ce phénomène de rejet de la finance, phénomène qui prend de l’ampleur et qui risque fort, à terme, de conduire à la victoire d’un candidat véhiculant un discours irrationnel et dévastateur. Une première étape serait d’endiguer les excès et les comportements inappropriés, et malheureusement, la liste de ces derniers est assez fournie. Les amendes colossales infligées aux banques (321 milliards de dollars depuis la crise dont 63% pour les banques d’Amérique du Nord ; source Boston Consulting Group) correspondent aux comportements non conformes à la règlementation.

D’autres comportements, conformes à la règlementation, n’en sont pas moins exempts de reproches : il est, par exemple, difficile de justifier celui de certains fonds de private equity laissant exsangues des entreprises ; de justifier l’accroissement des bonus de fin d’année des « patrons » alors que la rémunération de leurs salariés stagne ; de justifier la focalisation des dirigeants sur des critères dictés par les marchés financiers (et les actionnaires…), etc. Défrayant souvent la chronique, ces comportements ont un impact délétère sur la perception du « monde de la finance » par le « peuple ».

Ce n’est pas la finance verte, ou socialement responsable de quelques investisseurs, qui va suffire à redorer le blason de la finance. Cette dernière n’a pas à être morale (elle est amorale) mais elle ne doit pas être immorale. De par sa dimension « bien collectif », elle doit être régulée. Des progrès ont été réalisés en ce domaine depuis la crise. Le chantier est cependant loin d’être clos mais il se heurte à un problème de coopération difficile entre les pays. Une coopération européenne renforcée est plus que jamais nécessaire face aux dérives anglo-saxonnes.

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