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Malgré l’échec de la fusion LSE/DB, la consolidation boursière est inéluctable ?

Le groupe boursier britannique London Stock Exchange s’appuie sur ses solides résultats 2016 pour se montrer confiant dans l’avenir, malgré l’échec de la fusion avec l’allemande Deutsche Börse. Bertrand Jacquillat explique pourquoi cet échec ne remet pas en question le mouvement de consolidation des bourses mondiales.

Le dernier projet d’union entre bourses, celui entre Deutsche Börse (DB) et le London Stock Exchange (LES), est mort. Il vient gonfler la liste des nombreuses fusions boursières qui n’ont jamais pu être menées à terme. Au cours des dernières années, trois autres rapprochements ont échoué entre les bourses de Londres et de Toronto, d’une part, et entre les bourses de Singapour et de Sydney, d’autre part, et en 2012 celui entre NYSE Euronext et DB, rejeté par la Commission de la Concurrence de Bruxelles à cause de la domination qu’aurait eue le nouvel ensemble dans les transactions sur produits dérivés.

Déjà en 2006, Euronext et DB avaient essayé de fusionner, avant qu’Euronext ne convole avec le NYSE en avril 2007, puis que les deux se séparent en 2014. Ces mouvements avortés donnent l’impression qu’il existe une malédiction des grandes fusions boursières. Pourquoi tant d’échecs ? Certes, pour des raisons de concurrence, comme dans le cas évoqué plus haut de DB et NYSE Euronext, mais le plus souvent parce que les opérateurs boursiers ne sont pas des entreprises comme les autres. Et cela semble être particulièrement le cas pour les bourses française et allemande.

Ceci apparaît quelque peu paradoxal en France où le Président de la République s’est fait élire sur le slogan « Mon véritable adversaire […] c’est le monde de la finance » et où, en Allemagne, comme en France, à l’inverse des pays anglo-saxons, l’intermédiation bancaire est largement dominante dans le financement de l’économie et des entreprises. Malgré cela, les dirigeants de ces deux pays estiment – et c’est aussi le cas de la Grande-Bretagne, qui a assis son développement contemporain sur une spécialisation financière et le rôle de la place financière de Londres – que les bourses ont un rôle central dans l’économie, ce qui est loin d’être faux.

Ceci rend très sensible la localisation du centre de décision d’un nouvel ensemble financier, avec la crainte, sans doute justifiée, que les enjeux locaux soient quelque peu délaissés si le siège social part à l’étranger. Les pouvoirs publics se montrent donc extrêmement regardants sur tout ce qui pourrait conduire à une perte de souveraineté sur leur bourse. D’autant que celle-ci s’insère dans un écosystème, formé de banques, d’avocats, de conseils financiers et d’auditeurs, etc… qui risque de s’appauvrir si son cœur disparaît. Sans compter la question de la supervision et de la régulation, et le risque que ce soit l’autorité du pays du siège qui joue un rôle prépondérant.

Dans le cas de la fusion avortée entre LSE et DB, ces difficultés traditionnelles auraient été exacerbées du fait du BREXIT, surtout si le siège du nouvel ensemble avait été à Londres, ce qui eut été la solution économiquement rationnelle dans la compétition mondiale entre bourses. Il est pourtant clair que la poursuite de la consolidation des bourses mondiales est inéluctable, même si beaucoup de chemin a été fait depuis le début du siècle où il existait plus de cent bourses aux Etats-Unis et encore sept bourses en France, il y a moins de 50 ans.

Les progrès de la technologie, qui ont porté cette consolidation, sont loin d’être arrivés à leur terme. Euronext saura-t-il tirer son épingle du jeu, le David de l’ensemble (3 Mds€ de capitalisation boursière) face au Goliath que sont les CME (40Mds€), Nasdaq (11mds€), NYSE/IGE (32 Mds€), DB (15Mds€) ou encore le LSE (13 Mds€) ? Il lui faudra jouer fin.

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