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Quelles marges de manœuvre pour le futur président de la République ?

Trois conseils à Emmanuel Macron ?

Dans un récent entretien accordé au quotidien Les Echos , Philippe Aghion avançait trois chantiers à approfondir pour dynamiser l’éco-système français : « Réformer le millefeuille territorial, en réduisant notamment le nombre des intercommunalités ; réformer le millefeuille social (trop de caisses d’assurance-maladie, trop de régimes sociaux…) ; supprimer les niches fiscales ». L’occasion de demander à l’économiste de quelles marges de manœuvre le nouveau président de la République disposera pour agir. Emmanuel Macron va-t-il bénéficier d’une meilleure conjoncture économique que son prédécesseur ? « Les prévisions pour 2017 tournent autour de 1,5 % de croissance, niveau que la France n’a jamais connu au cours du quinquennat de François Hollande. Parallèlement, les taux d’intérêt devraient rester bas pendant encore quelques années. Il existe donc une fenêtre d’opportunité pour investir intelligemment, dans l’éducation, l’innovation, l’environnement (…), par exemple », estime le Professeur au Collège de France.

Les grands défis.

Les perspectives conjoncturelles plutôt positives ne doivent pas faire oublier les grands enjeux qui sont autant de défis à relever rapidement. Philippe Aghion voit d’abord « le chômage, qui n’a jamais baissé au-dessous de 7 % depuis trente ans. Il y a ensuite notre manque de compétitivité – la part de l’industrie dans l’emploi est descendue à 17 % en France, alors qu’elle est de plus de 24 % en Allemagne et en Italie, et de 22 % en moyenne dans l’Union européenne ». L’économiste souligne également « l’inefficacité de nos systèmes d’éducation et de formation, avec des résultats des enquêtes Pisa qui continuent de se détériorer. Nous étions 25e en 2012, nous sommes 26e en 2017. Ces critères restent fortement conditionnés à l’origine sociale, et une formation professionnelle avec plus de 30 milliards dépensés chaque année mais sans grand impact sur les chômeurs ». Constat sévère.

Micro ou macroéconomie : quelle priorité ?

Philippe Aghion se dit persuadé que le prochain président de la République agira prioritairement sur le terrain microéconomique car « il veut s’attaquer aux verrous qui bloquent l’économie française, c’est-à-dire aux complexités administratives et aux rigidités du marché du travail qui freinent la croissance de nos entreprises, et maintiennent le chômage à un niveau trop élevé ». Selon l’économiste, le prochain chef de l’Etat « voudra introduire davantage de flexibilité dans notre système économique mais, en même temps, il comprend que pour faire de la flexibilité, il faut d’abord protéger. D’où sa grande réforme de l’assurance-chômage de façon à ce que toutes les catégories de travailleurs (y compris les indépendants et les démissionnaires) soient couvertes. En échange, il veut flexibiliser le marché du travail en fixant des plafonds d’indemnités prud’homales et en privilégiant les négociations sociales au niveau de l’entreprise ou de la branche ». Reste à savoir sur quel modèle Emmanuel Macron construira son action : scandinave ou anglo-saxon, et à quel rythme ? La volonté d’agir par ordonnance, dès l’été, apporte une partie de la réponse

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