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Montée de l’or, jusqu’où ?

Les marchés financiers ont horreur de l’incertitude et le prouvent une nouvelle fois à l’occasion de l’élection présidentielle américaine. Les investisseurs délaissent les actions et se replient sur des valeurs refuges, dont l’or qui ne cesse de grimper. Jean-Paul Betbeze analyse l’ensemble des facteurs qui, plus largement, profitent au métal jaune.

Encore plus haut, semble-t-il ! Pour acheter 31,1 grammes d’or – une once –, il faut 1300 dollars. Et vraisemblablement plus dans les jours qui viennent pour deux sortes de raisons : la montée des risques géopolitiques d’abord, la montée des risques inflationnistes ensuite.

La montée des risques géopolitiques est derrière la hausse récente de l’or, depuis 1060 dollars en ce début d’année, tout comme la montée des valeurs aurifères. Deux éléments ont joué et continuent de jouer : le Brexit et les élections américaines, avec le phénomène Trump. L’effet Brexit a été un vrai choc, faisant passer l’once d’or de 1261 dollars le 23 juin, où tous les brokers voyaient la victoire du Remain, à 1356 dollars le 5 juillet. Ensuite, comme l’explosion économique annoncée n’a pas eu lieu, un certain calme est revenu. Il disparaît, avec la nouvelle montée des tensions politiques, économiques et inflationnistes. L’effet Brexit a fait monter l’or de 7,5 %.

La question des élections américaines, avec le phénomène Trump, est bien plus sérieuse. Voilà des mois que l’impossible se produit, depuis l’incroyable élimination par Donald Trump de tous ses concurrents, jusqu’à ce qu’il se rapproche d’Hillary Clinton dans les sondages. Depuis le moment où on pensait Trump hors course, suite aux révélations de ses démêlés avec la gent féminine, l’once passe de 1254 dollars début octobre à 1300 maintenant, soit plus 3%.

Au-delà, les questions montent sur la solidité des Etats-Unis, dont les systèmes électroniques ne résistent pas aux attaques russes (semble-t-il), dont l’indépendance du FBI est en question, dont l’équilibre fondamental – qui vient de la possibilité de compromis bipartisans – est également en question. Et ceci au moment où Chine, Russie et Iran avancent, où des amis des Etats-Unis prennent leurs distances dans des lieux névralgiques, comme l’Arabie Saoudite et les Philippines. Bref le risque américain a monté, son rôle de protecteur ayant en même temps diminué. Où trouver un actif sans risque ?

Vient alors une reprise économique dans les pays industrialisés, avec inflation. Aux Etats-Unis, la croissance va vers 2%, l’inflation également vers 2% et plus, à moyen terme. L’idée gagne dans les marchés financiers que la Fed va augmenter ses taux en décembre, puis en 2017, mais au-dessous de sa trajectoire « normale ». Elle entend consolider la reprise et l’emploi, même avec une inflation allant à 2,3%. En même temps, une certaine reprise se met en place en zone euro (1,6% sur un an), avec une inflation attendue à 1,2% en 2017, puis 1,5% en 2018. Au Royaume-Uni, pour « gérer » le Brexit, la Banque centrale a indiqué qu’elle sera moins vigilante sur l’inflation. Certains annoncent 4% !

N’oublions pas que des banques centrales des pays émergents vont continuer à acheter de l’or, Chine notamment. Selon le World Gold Council, les banques centrales vendaient en moyenne 500 tonnes d’or par an entre 2001 et 2009, avant de se remettre brutalement à en acheter 600 tonnes par an à partir de 2011. Les banques centrales des pays émergents veulent réduire leurs risques en devises étrangères (en dollars). La Chine détient officiellement 1838 tonnes d’or, soit seulement 2,4% de ses réserves. Ce très faible pourcentage (officiel !) l’incite sûrement à avoir moins de dollars, la monnaie des Etats-Unis, pour avoir plus d’or, la monnaie de personne.

Où tout ceci nous mène : 1400 dollars l’once d’or, voire plus ? Deux craintes, inflation et risque géopolitique mondial, c’est beaucoup.

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