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Pourquoi il ne faut pas sortir de l’euro

Quitter la zone euro serait une erreur. L’Europe a besoin de sa monnaie mondiale, à côté du dollar et du yuan.

« Quitter l’euro pour recouvrer notre liberté » : nous connaissons le slogan. En sortant du « carcan de Bruxelles », nous pourrons augmenter les salaires et exporter plus, grâce « au retour au franc ». Bien sûr, il aura maigri, de 15 % environ par rapport à l’euro. La dette publique augmentera d’autant, sauf à la répudier. Cela posera quelques problèmes aux Français, qui en détiennent 900 milliards d’euros (notamment en assurance-vie) et, à l’extérieur, aux retraités et autres investisseurs, qui en ont 1.300. Pire qu’un choc : une erreur.

L’euro est en effet stratégiquement « bon » pour protéger, en les renforçant, les économies européennes dans ce monde qui change à toute allure. Devenues relativement plus petites, elles seront de plus en plus ballottées entre Etats-Unis et Chine, en attendant les autres émergents. Sans l’euro, elles ne pourront pas résister.

Pour que l’Europe pèse sur la scène mondiale et participe à sa stabilisation, il lui faut sa monnaie mondiale, à côté du dollar et du yuan, sachant que livre, yen et franc suisse ont choisi de se rapprocher du dollar. Nous voulons un monde à trois monnaies : dollar, euro, yuan. Il nous sera plus favorable qu’une guerre des monnaies (bien sûr) ou que l’hégémonie du dollar.

Une monnaie bonne en interne et en externe

L’euro se veut donc « bon » en interne et en externe. « Bon » en interne, pour nous renforcer en nous unifiant : ce sont les critères de Maastricht, les stratégies de convergence et de réduction des inégalités, avec surveillance et échanges mutuels.

« Bon » en externe, pour lutter contre la « condamnation de Connally ». John Connally (secrétaire d’Etat au Trésor de Richard Nixon) déclare en 1971 : « Le dollar : c’est notre monnaie et votre problème. » Quel bonheur d’être la monnaie de facturation des matières premières, des avions et des puces électroniques, plus la monnaie de réserve par excellence, celle des bons du Trésor américain ! « Les autres » prennent le risque de change et financent le déficit américain, qui en abuse. Donald Trump ne nous démentira pas.

En externe, pour lutter contre la « condamnation de Connally », il fallait frapper fort. L’euro naît ainsi le 1er janvier 1999, comme « aussi fort que le mark » : les taux courts allemands deviennent ceux de tous les membres du club. Aussi crédible que le mark pour des raisons techniques – traité et garanties – et, surtout, politiques – l’engagement de l’Allemagne et des autres membres de la zone dans une monnaie irréversible -, l’euro permet et promet un avantage de taux et de stabilité. A ce moment, personne ne veut en sortir !

Mais l’euro n’est « bon » en externe que s’il l’est en interne ! Or on ne peut pas dire qu’il a été bien utilisé. Bulles de l’immobilier en Espagne, au Portugal et en Irlande ou montée du déficit public grec : nombre de pays sont passés au bord du gouffre. Et c’est bien grâce à la solidarité des autres (par des crédits à taux privilégié) qu’ils n’y sont pas tombés. Le drame pèse encore, avec des baisses de revenu, une montée du chômage et des dettes, mais l’édifice a tenu – et se consolide. « Sortir de l’euro » serait le casser au moment où la zone euro se remet à converger.

En France, l’euro a été pire que « bon » : « trop bon ». Il nous a endormis quand nos coûts salariaux augmentaient plus vite qu’en Allemagne, creusant nos déficits public et extérieur, pesant sur l’emploi. Et les marges brutes de nos entreprises ont, en même temps, été soutenues par cette dette pas chère. Et c’est pour cela qu’il faudrait le quitter ?

Et si l’euro pouvait être « très bon » pour accélérer notre reprise ? La France se finance à dix ans à 1 % (en pleines élections) contre 0,2 % pour l’Allemagne et la hausse des taux y sera modérée. Mais l’euro ne pourra rien si nous ne renforçons pas la rentabilité de nos entreprises par le dialogue social. Il ne s’agit pas d’austérité mais de l’emploi de demain, combinant rentabilité avec formation, partage des résultats avec actionnariat salarié. Alors l’euro sera « notre monnaie et notre solution », « bon » à nous réconcilier.

 

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