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Parlez-moi du monde ! par Brice Lalonde

Pour leur édition 2017 qui s’est déroulée du 7 au 9 juillet 2017, les Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence innovent en ouvrant les trois jours de débats par cinq Masterclass exceptionnelles autour de la thématique « Parlez-moi du monde ! ».
Invité à s’exprimer, l’ancien ministre et actuel président du Business and Climate Summit, Brice Lalonde, traite de « La gouvernance environnementale ».

Quels sont les trois piliers de la Gouvernance environnementale ? Le monde idéal, aux yeux de Brice Lalonde, érigerait l’environnement en un principe simple et logique, imposant une gouvernance « forcément planétaire, car c’est tout simplement dans l’ordre des priorités et de l’analyse ». Selon l’ancien ministre, « il faut partir de la planète. On ne peut pas partir d’autre chose. C’est le plus grave et le plus important. Mais une approche planétaire est forcément supranationale. Elle doit donc être indépendante des pouvoirs publics ». Pour Brice Lalonde,  « la gouvernance est totalisante, elle regarde tout. Elle est fondée sur la théorie des systèmes. Elle est globale et synthétique ». Globale… d’autres utiliseront le terme transversal. « C’est la théorie des systèmes dans le sens où elle est fondée aussi sur la compréhension des paradoxes ». Enfin, le président de Business and Climate Summit voit dans cette gouvernance une nécessaire empathie. « On ne peut pas y arriver si on n’aime pas la nature, si on n’aime pas ce que l’on est en train de faire… si on n’aime pas l’extraordinaire solidarité du monde vivant ».

Quelle serait une bonne politique économique de l’environnement ? « En économie, on apprend qu’il y a le capital et le travail. Le capital et le travail, c’est bien, mais si on n’a pas la nature, on est foutus », affirme haut et fort Brice Lalonde, pour qui « l’essentiel de l’économie est de transformer la nature pour en faire des marchandises. Mais on ne paie jamais la nature. Tout est gratuit. Ce n’est pas le pétrole qu’on paie, ce sont les gens qui travaillent dans la filière… on ne paie pas les ressources naturelles. C’est une erreur commise depuis le début de l’humanité ». Selon l’ancien homme politique, il est urgent de « payer la nature d’une manière ou d’une autre. La nature n’est jamais rémunérée. La tendance absolument indispensable est la fusion de l’économie et de l’écologie. L’écologie est une économie de la nature ». Et Brice Lalonde de se lancer dans une démonstration passionnée : « La nature n’a pas encore ouvert de mine sur la lune. Elle se sert uniquement des quatre atomes légers qui sont à la surface de la planète : l’hydrogène, l’azote, le carbone et l’oxygène. Elle recombine tout cela de manière extraordinaire en allant toujours vers le plus en plus compliqué, le plus en plus extraordinaire, autonome, etc. L’humain  fait tout le contraire. Il va chercher toujours plus de matières premières et d’énergie en creusant des mines partout ». Pour Brice Lalonde, l’idée est de rapprocher les deux. Mais comment faire ?

Préserver les intérêts de la nature. Méthode préconisée par notre interlocuteur : « Essayer de se couler dans le système naturel ». Brice Lalonde en est convaincu : « L’économie de demain, l’économie écologique, prélève le moins possible de ressources et préserve les intérêts de la nature. Elle rémunère le capital naturel dans le sens où on replante des arbres, on crée des infrastructures écologiques, etc ». Et le président du Business and Climate Summit de citer l’exemple des abeilles et d’autres polinisateurs : « si on les supprime, on a 30% de récolte en moins. Jusqu’à présent, les abeilles font tout cela gratuitement. Sauf que s’il n’y a pas de ruches ou de fleurs pour que les abeilles puissent manger, elles disparaissent. Cela veut dire qu’il faut prévoir dans notre agriculture des fleurs toute l’année ». C’est le capital naturel qu’il faut entretenir. « On est dans l’économie circulaire. L’économie écologique est un domaine absolument passionnant », reconnaît Brice Lalonde.

Une politique environnementale européenne est-elle envisageable ? « Il faut rendre hommage à l’union européenne qui nous a réellement permis d’avancer de manière considérable et de faire de l’Europe l’économie la plus liée à l’écologie. C’est vraiment exceptionnel par rapport aux autres coins du monde ». L’ancien homme politique parle avec passion et connaissance du sujet. « Pour s’occuper de la planète, l’Europe est un peu la voix de la sagesse dans le monde. Lorsqu’on voit les ambitions prométhéennes de la Chine ou du Brésil, l’Europe peut dire : attention, ce n’est pas aussi simple que cela, ca ne marche pas comme cela ». Seule ombre au tableau, selon Brice Lalonde : « Les autres pays s’en moquent car l’Europe est encore un nain politique. De plus, on a intégré un très grand nombre de pays et ces derniers ont beaucoup de mal à atteindre le niveau de protection de l’environnement réclamé ». Aujourd’hui, « c’est en Europe qu’on vit le mieux et qu’on défend le mieux l’environnement », conclut le coordonateur exécutif de la Conférence des Nations-Unies sur le développement durable.

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