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Pétrole : Etats-Unis, maîtres du monde en 2017?

Duo éco n° 22 :  Pétrole : Etats-Unis, maîtres du monde en 2017 ?

Afin de répondre aux questions qui nous paraissent essentielles pour un débat économique de qualité en France, le Cercle mobilise ses 30 économistes .

3 questions / 2 économistes et 3 mn pour y répondre!

Patrick GEOFFRON et Jean-Marie CHEVALIER, membre du Cercle des économistes, répondent aux 3 questions de notre journaliste:

  1. Qu’est-ce qui explique l’accord OPEP / non-OPEP ?
  2. Donald Trump peut-il modifier ce nouvel équilibre ?
  3. Quels enseignements pour les européens ?

 

 

Patrick ARTUS

Le marché du pétrole, au risque de la géopolitique trumpienne

Géopolitique et croissance. Après plusieurs semaines de baisse, les cours du pétrole sont repartis à la hausse en fin de semaine dernière, sur fond de recrudescence générale d’interrogations géopolitiques, notamment après les frappes américaines contre les forces syriennes. Ce nouvel épisode replace sur le devant de l’actualité la question de l’impact de l’or noir sur la croissance. « Certains travaux académiques suggèrent que 80% de la variabilité de la croissance mondiale vient des prix du pétrole. Il faut regarder cela avec attention », insiste Patrick Artus.

Perspectives de prix. Selon l’économiste, « Nous avons un prix du pétrole qui a à peu près doublé depuis janvier 2016. A l’époque on était en dessous de 30 dollars le baril, aujourd’hui autour de 55 dollars. Ceci est une rupture considérable par rapport à ce que l’on avait auparavant… la question est de savoir si le prix du pétrole va rester à ce niveau ou va continuer à augmenter fortement ». C’est assez difficile de trancher, reconnaît-il, « car la demande mondiale de pétrole reste extrêmement forte (surtout émergente Chine et Inde). D’autre part, il y a les baisses de production décidées par l’Opep et la Russie, mais on a une remontée de la production dans certains pays, en particulier les USA et la Lybie. Nous avons un énorme stock de pétrole qui peut être revendu en partie, ce qui empêche une hausse de prix. Donc il est très difficile de faire des prévisions mais la tendance de fond est à la hausse ».

Sous-investissement. Derrière la hausse de prix, se cache le sous-investissement dans l’industrie pétrolière. En 2017, les investissements en exploration et production (sociétés privées ou publiques) vont être de l’ordre de 380 milliards de dollars, contre 740 milliards de  dollars en 2014. « Donc on n’investit pas assez pour satisfaire la demande dans le futur. La hausse des prix va continuer avec un délai en raison des stocks », estime Patrick Artus.

Important en Europe. Aujourd’hui, l’inflation américaine est d’ordre salarial alors que l’inflation européenne est uniquement pétrolière. Selon Patrick Artus, « la Banque centrale européenne a fait le choix de suivre  l’inflation totale, c’est-à-dire incluant l’effet des prix du pétrole. Ce choix étrange vient du fait que la BCE pense que l’inflation est un mal en soi, d’où qu’elle vienne. Alors que la Réserve fédérale américaine pense qu’il ne faut pas contrôler uniquement l’inflation venant des matières premières ». Et l’économiste d’ajouter que « si la BCE ne change pas d’avis – c’est difficile de changer un mandant de banque centrale – on risque, à quelques dollars près sur le prix du pétrole, d’avoir une situation plus compliquée cette année ». En clair, « si on pense que le pétrole reste à peu près au niveau d’aujourd’hui, l’inflation de la zone euro se situera aux alentours d’1,5%, ce qui laisse une petite marge à la BCE pour ne pas être méchante tout de suite. Si on pense que le pétrole va encore prendre 10 dollars, alors l’inflation de la zone euro va dépasser 2% dans le courant de cette année. Et on voit bien que la tension, qui existe déjà au sein de la BCE entre les allemands et les autres, devient assez forte ».

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