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Prélèvement à la source, vers une occasion manquée ?

Confirmation mais pour quoi faire ? François Hollande l’a récemment confirmé dans un entretien au journal Sud-Ouest : le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu sera engagé dès 2016 pour être pleinement appliqué en 2018. Une réforme attendue par les Français selon le président de la République, mais qui risque de ne pas avoir les effets escomptés, estime pour sa part Alain TRANNOY. L’économiste s’interroge. En raison de la méthode visiblement retenue, la France ne va-t-elle pas perdre « une occasion de faire une réforme simple, lisible et profitable au pays et de tenir ses promesses ?  ».

Exemple islandais. Convaincu du bienfondé d’une telle réforme, Alain TRANNOY cite l’exemple de l’Islande. La réforme du prélèvement de l’impôt y a été décidée à l’automne 1986 et le timing a son importance. En 1988, les Islandais ont payé un impôt sur leurs revenus de 1988. En 1987, ils ont acquitté un impôt sur leurs revenus de 1986 avec une année de décalage comme en France. Les revenus de l’année 1987 n’ont donc pas été taxés. Et là, « oh surprise, s’exclame l’économiste, l’emploi total a augmenté de 3%. Une sorte de geyser en termes d’emplois et de croissance l’année où les revenus ont été défiscalisés. Le taux de croissance fut à l’unisson avec 4% de plus en 1987 par rapport aux années adjacentes ».

Scénario pour la France. Dans la même veine, Alain TRANNOY propose qu’à la fin de l’automne 2015 le Parlement ratifie le passage de l’impôt à la source le premier janvier 2017. L’impôt de 2017 serait prélevé sur les revenus de 2017 alors qu’en 2016, la taxation continuerait d’être effectuée sur les revenus de l’année précédente. Ceux de 2016 ne seraient donc jamais taxés, créant un effet d’aubaine comme dans le cas islandais. Alain TRANNOY affirme que « même si l’effet sera moindre qu’en Islande, la défiscalisation des revenus français en 2016 aura un effet positif sur l’emploi et la croissance  » cette année là. Las. La méthode présentée par le chef de l’Etat semble ne pas en suivre la voie. Une nouvelle usine à gaz prolongée jusqu’en 2018 aura-t-elle raison des bénéfices potentiels d’une réforme plus rapide ? François Hollande passerait alors à côté d’un bon argument de campagne pour la prochaine élection présidentielle.

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