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Présidentielles 1er tour : quel état d’esprit pour les boursiers lundi matin ?

La bourse de Paris a bien réagi au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle en France. Le CAC 40 gagnait jusqu’à 4% dans la matinée. Outre cette première réaction des marchés, Bertrand Jacquillat explique pourquoi les investisseurs vont rester attentistes quelques semaines encore.

D’abord un profond soulagement car le pire a été évité, celui d’un duel au second tour de l’élection présidentielle Le Pen – Mélenchon, dont les programmes assez voisins représentaient la quintessence de l’horreur économique pour les investisseurs, et dont leur mise en œuvre aurait conduit à une grave crise économique et financière et au chaos boursier. Certes, le pire a été évité mais l’incertitude demeure, pas tant  quant à l’issue du deuxième tour qu’à la gouvernance effective de son probable vainqueur.

Le cru 2017 de cette élection présidentielle aura été tellement hors normes que les investisseurs peuvent difficilement se référer aux expériences passées. Depuis 1988 et cinq élections présidentielles, les marchés ont toujours baissé les lendemains de premier tour, fortement comme en 2012 (-2.80%) ou en 1988 (-1.99%) ou plus faiblement comme en 2007 (-0.36%), 1995 (-0.57%) ou même 2002 (-1.02%), quand Jean-Marie Le Pen avait créé la surprise en étant qualifié à l’issue du 1er tour. La secousse fut faible car l’issue du  second tour avec  la victoire de Jacques Chirac était certaine.

A l’inverse à l’issue du second tour, la Bourse de Paris a toujours clôturé dans le vert, le 8 mai 1995  avec un bon de 3.18% et de 1.65% le 7 mars 2012. Les présidentielles de 2002 et 2007 s’étaient soldées par une hausse plus modeste car les résultats étaient sans surprise et déjà dans les cours. Mais comparaison ne vaut pas raison, d’autant que dans les périodes électorales dont les enjeux sont particulièrement exceptionnels, ce sont les surprises (ou leur absence) par rapport aux attentes des bourses qui font les décalages de cours.

Certes les programmes économiques de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon suscitaient de fortes craintes. C’était notamment le cas auprès des investisseurs  étrangers qui détiennent plus de 50% de la capitalisation boursière des sociétés du CAC40, et qui avaient chaussé des lunettes plus noires quant aux résultats du 1er tour de l’élection présidentielle que ceux de l’hexagone. Même s’ils ont craint le pire, le scénario d’une victoire d’un candidat extrémiste ne leur apparaissait pas comme le plus probable, si l’on en juge par les légères contre-performances des grands indices français et européens pendant les quinze jours qui ont précédé le 1er tour : -1.5% pour le CAC40, -1.4% pour le DAX, -1.3% pour l’indice Eurostoxx et -0.2% pour le S&P américain.

Les investisseurs qui s’étaient retirés du marché français devaient donc y faire leur retour d’autant que l’issue du second tour n’est pas particulièrement incertaine. Compte tenu de la sérénité dont les boursiers ont fait preuve avant le 1er tour, les décalages de cours ne devaient pas être très violents. D’autant que les investisseurs étrangers commencent à comprendre les subtilités du  système politique français et l’importance des élections législatives, notamment dans le contexte actuel. Aussi le climat boursier ne pourra véritablement se décanter avant que  les forces politiques ne se soient repositionnées en vue de la prochaine législature. L’incertitude devait donc perdurer pendant un certain temps et la prudence être de mise.

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