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Privatisations : la France à contre-courant ?

En cédant récemment  pour 1,5 milliard d’euros du capital d’Engie pour financer un fonds destiné à l’innovation, l’Etat a engagé les grandes manœuvres de cessions de participations publiques dans les entreprises où il est encore présent. Bertrand Jacquillat salue cette initiative, et explique pourquoi la France reste un cas à part.

Alors qu’un certain nombre d’élections récentes dans plusieurs pays de par le monde ont porté au pouvoir des dirigeants populistes, et méfiants vis-à-vis de l’économie de marché, la France semble vouloir prendre un chemin inverse avec le gouvernement d’Edouard Philippe. Comme la politique de François Mitterrand avait pris une direction totalement opposée à celle des Etats-Unis et du mouvement de dérégulation de Ronald Reagan, et de la Grande-Bretagne avec les privatisations de Margaret Thatcher.

Il reste encore beaucoup à faire

Certes, dans le domaine des privatisations, les gouvernements successifs Chirac-Balladur de 1986-1987, Balladur de 1993-1995, Jospin de 1997-2002, Raffarin-Villepin de 2002-2007, Hollande de 2007-2012, avaient entrepris des programmes de privatisations. Mais il reste encore beaucoup à faire. L’Etat détient un grand nombre de participations – logées au sein de l’APE et de BPI France – d’entreprises du secteur industriel et commercial concurrentiel. En renouant avec les privatisations, la France se trouve à contre-courant de deux grands pays et marchés financiers asiatiques, le Japon et la Chine, excusez du peu !

Ces deux pays ont un nouvel  investisseur devenu très puissant, l’Etat, dont la présence au capital des entreprises était encore triviale au début de la décennie. Au Japon, ce sont environ 30% de toutes les sociétés japonaises appartenant aux trois principaux indices boursiers, dans lesquelles la Banque Centrale du Japon figure parmi les dix actionnaires importants.

Même constat en Chine, où deux des principaux bras armés financiers de l’Etat, Central Huijin Asset Management et China Securities Finance Corp, n’ont cessé de se porter acquéreurs depuis 2015 d’actions chinoises pour soutenir le marché. Collectivement et avec d’autres fonds d’investissement publics, ces deux institutions figuraient parmi les dix premiers actionnaires des 1154 sociétés chinoises cotées.

Des décideurs convaincus par les méfaits des participations de l’Etat

Les motivations de ces participations sont plutôt macroéconomiques de soutien de l’économie dans le cycle, même si celles-ci engendrent des distorsions sur les marchés financiers et provoquent de graves déficits de gouvernance, très préjudiciables à ces économies. Mais, même en France aujourd’hui, la plupart des décideurs sont de plus en plus convaincus des méfaits des participations de l’Etat pour le bon fonctionnement de l’économie.

Et rien n’empêcherait l’Etat de refaire dans le futur ce qu’il a fait avec Peugeot en 2012 pour éviter la faillite à cette entreprise privée, comme l’avait fait en 2008-2009 Obama avec General Motors.

Une manne de 60 milliards d’euros

La privatisation progressive du total des entreprises françaises du secteur industriel et commercial dans lesquelles l’Etat détient une participation, telles qu’EDF, Engie, Orange, Renault, Peugeot, Safran, Aéroports de Paris, Thales, Airbus, Eutelsat, Eiffage, Française des Jeux, Semmaris, CNP, etc. représenterait plus de 60 milliards d’euros.

Cette manne serait bien utile, ne serait-ce que pour rétablir le crédit de la France en allégeant la charge de sa dette publique colossale (près de 100% du PIB), et contrebalancer la hausse probable de sa charge future. Et cela se saurait depuis longtemps si l’Etat était un bon gestionnaire, un bon propriétaire et un bon actionnaire, les privatisations annoncées ne peuvent que contribuer à l’amélioration du fonctionnement de l’économie française. Ce faisant, la France va à contre-courant de certaines expériences étrangères malencontreuses. Et c’est tant mieux !

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