30 universitaires et une conviction : l'importance d'un débat ouvert et accessible

Programmes présidentiels et déni de réalité…

Face aux échéances de mai prochain, la démocratie française va mal. Les représentants des deux grands partis de gouvernement sont à la peine. L’abstention a toutes les chances d’être massive. Et, surtout, certains volets des programmes défendus par plusieurs candidats ne résistent pas à une analyse économique élémentaire. Deux exemples en témoignent. Un ouvrage récemment publié en début d’année par El Mouhoub Mouhoud (*) démontre de façon magistrale que, contrairement à ce qu’affirment les tenants de sa réduction massive, l’immigration en France ne crée pas de chômage, n’exerce pas de pression à la baisse des salaires, n’induit pas de ponction nette sur les budgets sociaux ou les finances publiques. Deuxième exemple : si la question de la gouvernance de la zone euro dans un espace européen hétérogène plombé par des ajustements déflationnistes est pertinente, affirmer qu’une sortie de la zone euro aura à court terme des effets positifs pour les Français, surtout pour les plus démunis, est un déni de la réalité qu’aucune analyse économique ne permet de valider.

Une synthèse récente de Terra Nova le montre aisément, compte tenu du renchérissement des produits importés, du surcoût induit sur la dette publique ou de la ponction sur l’épargne des ménages. Pourquoi, alors, de nombreux Français sont-ils attirés par ces faux-semblants ? La théorie économique apporte à ce sujet un éclairage fondé sur une hypothèse de comportement plus répandue qu’on ne le croit : le déni de l’information.

On postule trop souvent que les comportements humains, non seulement sont pleinement rationnels, afin de maximiser le bien-être de chacun, mais aussi qu’ils utilisent à cet effet toute l’information disponible. Or, cette hypothèse est aujourd’hui largement contredite par des analyses qui montrent, sur le plan théorique et à partir d’expérimentations empiriques, qu’une part importante des citoyens ou des agents économiques écartent volontairement toute information de nature à contredire leurs croyances ou leurs convictions. On le voit clairement lorsque, malgré des signes pathologiques récurrents, un individu n’écoute aucune mise en garde verbale venant de ses proches et se refuse même à aller voir son médecin. Pas mal de détenteurs d’actifs financiers comptabilisent avec précision la valorisation de leur portefeuille lorsque les cours augmentent et tendent au contraire à négliger ou à reporter ce calcul quand les cours baissent. Nombreux sont les dirigeants d’entreprise qui évitent ou refusent de porter attention à des informations de nature à infirmer leurs croyances ou à mettre en cause la pertinence de leurs choix préalables. Plusieurs raisons expliquent cette attitude : aversion face à la déception que pourrait procurer une information, anxiété devant les conséquences de celle-ci si elle s’avérait exacte, aversion au regret d’avoir cru indûment, aversion à la révision de ses croyances qu’une information pourrait induire, coût de la dissonance vis-à-vis de son groupe de référence…

Il en découle que l’information pertinente et la compréhension de la réalité, source de choix politiques rationnels, risquent de passer au second rang, derrière des conventions, des croyances ou des manipulations partisanes. Tel est le cas en France, aujourd’hui, s’agissant des effets de l’immigration ou des conséquences à court terme d’une sortie de la zone euro, dont nous parlent certains des candidats à la présidentielle. Contre ce populisme, qui entraîne les peuples dans des choix électoraux contraires à l’intérêt du plus grand nombre, il importe de mobiliser inlassablement l’information, celle des médias, des experts, des think tanks, des universitaires… dans des débats les plus ouverts possible, plutôt que de se satisfaire du déni chez de nombreux Français. Il en va de la démocratie.

 

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