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Au moins un quinquennat pour combler notre retard avec l’Allemagne

Convergence franco-allemande. Les élections législatives du 24 septembre en Allemagne vont-elles changer la donne dans les relations entre Berlin et Paris ? Auteur, en 2014, avec le directeur de l’Institut Jacques Delors, Henrik Enderlein, d’un travail sur les passerelles possibles entre les deux rives du Rhin, Jean Pisani-Ferry estime que la convergence entre les deux pays n’est pas encore réalité. « Il y a quinze ans, la France était en excédent commercial et l’Allemagne en déficit. Aujourd’hui, l’excédent commercial allemand est écrasant, au point de représenter un problème pour l’Europe et le monde », explique l’économiste, estimant que la France a « trop négligé ses exportateurs. Nous avons vécu trop longtemps dans l’illusion que l’on pouvait se mettre à labri de la mondialisation ». « Aujourd’hui, ce n’est pas le modèle industriel allemand que nous devons imiter, mais construire un nouveau modèle d’économie ouverte, reposant sur une meilleure rémunération du travail et du capital lorsqu’ils se mettent en risque dans la compétition internationale », insiste l’ancien directeur de l’Institut Bruëgel.

Mélange des modèles allemand et scandinave. Selon Jean Pisani-Ferry, « une des forces du modèle allemand est la capacité à trouver des compromis par la négociation sociale dans l’entreprise. Tout le monde a aussi en tête les réformes du marché du travail menées par le chancelier Gerhard Schroeder. C’est sans doute la conjonction de ces deux éléments qui expliquent le taux de chômage allemand de 4% ». Le directeur du programme économique d’Emmanuel Macron pendant la campagne pour la présidentielle reconnaît s’être inspiré partiellement du modèle allemand. Du modèle scandinave, aussi, pour ce qui est des réformes de l’assurance chômage et du système de retraite. « L’idée est de sortir du modèle bismarckien de protection, dont nous avons hérité, pour aller vers un modèle plus universel. Un système dans lequel on protège tous les actifs contre les risques, quel que soit leur statut et où les règles de calcul des droits à pension sont les mêmes pour tout le monde, à tous les âges de la vie », explique Jean Pisani-Ferry.

Rattraper le retard. En combien de temps la France peut-elle combler la différence de compétitivité avec l’Allemagne ? « Il faudra au moins un quinquennat », expliquait récemment Jean Pisani-Ferry dans un entretien au Journal Du Dimanche . « Pour l’heure, affirme l’économiste, Emmanuel macron déroule son programme. L’accent est mis sur les mesures à longue portée, celles qui vont donner leurs fruits dans deux ou trois ans, voire plus ». Et d’ajouter : « C’est vrai des ordonnances sur le travail, de la réforme à venir concernant l’indemnisation chômage, de celles de la formation professionnelle et de la fiscalité du capital ». Cela revient à jeter les bases d’une mutation économique, mais pas à distribuer du revenu, relancer et accélérer l’activité. Refonder les bases essentielles, un point c’est tout… pour l’instant.

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