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Rechute du prix du pétrole : OPEP contre Trump ?

Rien ne va plus au pays de l’or noir. Après une légère accalmie, les cours du baril de brut sont pris de nouveau dans une spirale baissière. Patrice Geoffron revient sur les raisons de ce mouvement, et explique pourquoi l’OPEP risque bien de perdre la main pour un temps certain.

En recul de 15 % sur un mois, le prix du pétrole est à nouveau ancré sous les 50 dollars, cela alors que les tensions géopolitiques associées à la mise en embargo du Qatar auraient, en d’autres temps, dû tendre les cours vers le haut. Cette rechute du baril interpelle d’autant plus que, selon l’OCDE, la croissance du PIB mondial est en 2017 au plus haut depuis le début de la décennie. Certes, cette croissance contient une demande en pétrole moins dynamique qu’anticipé par l’OPEP (certaines régions du monde gagnant en efficacité énergétique), mais l’explication de la rechute des prix est surtout à rechercher du côté de l’offre.

Rappelons l’enchaînement qui conduit à ce dernier épisode. Alors que, concernant les fluctuations du baril, l’année 2013 avait été la plus calme depuis vingt ans, les prix se sont effondrés durant l’été 2014, dévissant de plus de 100 dollars, à moins de 50. L’opinion dominante était alors que les saoudiens cherchaient à évincer les producteurs américains de pétrole de schiste. Début 2016, le prix a touché un point bas de 30 dollars, obligeant l’OPEP (associant onze autres producteurs, dont la Russie) à resserrer les vannes de la production en fin d’année, dans l’espoir d’accrocher les 60 dollars le baril, pour donner de l’air à ses membres.

Il n’en sera rien avant quelques temps. Cette rechute montre que l’OPEP a perdu la main et que, jusqu’à la fin de la décennie sans doute, son pouvoir de régulation est gelé. Cette incapacité à peser sur les volumes est liée à des flottements dans la discipline interne à l’Organisation : le Nigeria et la Libye ont augmenté leur production, et même à des niveaux exceptionnellement élevés pour Tripoli.

Mais, surtout, l’essentiel se joue en dehors de l’OPEP, comme le souligne l’Agence Internationale de l’Energie. La rupture de 2014 n’a pas éradiqué la production américaine, qui a rebondi depuis la fin 2016, en progression de près de 10% sur un an, à près de dix millions de barils par jour (« mangeant » une bonne partie des efforts de baisse de production orchestrés par les Saoudiens). Ce rebond illustre les efforts de réduction des coûts des firmes américaines, aptes à supporter des cours mondiaux de 40 dollars, voire moins. Et, comme Donald Trump leur prodigue des encouragements (par des mesures réglementaires et fiscales susceptibles de rogner encore leurs coûts, en leur ouvrant des terres fédérales, …), le nouveau président joue donc contre l’OPEP et la Russie, sans qu’on sache bien s’il agit délibérément ou par inadvertance.

L’appel de Trump à forer (« Drill, baby, drill ! ») s’inscrit dans une démarche de nationalisme économique, très audible par sa base électorale, mais qui n’est pas nécessairement cohérente en termes économiques : les producteurs américains gagneraient évidemment plus en vendant un à deux millions de barils de moins, mais à 20 ou 30 dollars plus cher pour les 8 autres millions. Cette stratégie de volume bénéficie surtout aux grandes zones importatrices, Chine et Europe en tête, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes des « trumponomics ».

Pour la France, des cours très bas signifient une ristourne annuelle de 20 à 30 milliards d’euros sur les imports d’hydrocarbures. Il n’est pas certain qu’Emmanuel Macron bénéficiera de telles conditions à la fin de son mandat, car les découvertes de pétrole sont au plus bas depuis 60 ans, annonçant un retour du pouvoir de l’OPEP après 2020. Mais, d’ici là, il remerciera son homologue américain pour ce cadeau de bienvenue.

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