30 universitaires et une conviction : l'importance d'un débat ouvert et accessible

Retrouver l’Europe

La sortie de l’euro écartée, nous pouvons enfin aborder la négociation européenne largement évoquée par Emmanuel Macron, qui est avec la lutte contre le chômage et la réforme du marché du travail l’un des sujets prioritaires du quinquennat. L’Europe doit avancer sans se laisser piéger par le calendrier et les pérégrinations du Brexit.

D’aucuns évoquent comme solution d’évidence plus d’intégration. Présenté ainsi, cela nécessite de prendre en compte la réalité de l’opinion publique française. D’autres, comme Hubert Védrine, suggèrent une pause, mais celle-ci doit alors être un temps de réflexion et de proposition. En pratique, il faut terminer les chantiers en cours, et notamment celui de l’union bancaire : nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle secousse financière, et alors la protection européenne reprendrait tout son sens. Quelques autres chantiers doivent être finalisés pour faire place nette aux quatre questions qui se doivent d’être posées et surtout traitées.

Tout d’abord, il y a l’interrogation sur le contenu concret de l’ « Europe à plusieurs vitesses », le scénario pour demain mais déjà la réalité d’aujourd’hui. On peut légitimement penser que bien des projets peuvent être menés par quelques pays qui le veulent et le peuvent sans que ceux-ci nécessitent obligatoirement la présence des Vingt-Sept. La politique de défense et de sécurité en est une illustration prioritaire. Mais dire cela ne fait pas ipso facto avancer, car les institutions existent, elles ont des histoires, des forces et des contraintes qui rendent nécessaire une clarification de cette idée d’élargissement non maîtrisé qui a conduit à une certaine forme de dilution des décisions. Dans les faits, il y a la zone euro et l’UE. Il faut conférer à la zone euro une compétence plus large que l’économique et le monétaire et en faire la base d’une Europe plus concrète, porteuse d’une vision, d’un projet et qui mérite d’être dotée d’une vraie gouvernance économique et politique.

La seconde question porte sur la démocratie et revient à s’interroger sur les rôles respectifs des parlements nationaux et du Parlement européen. Certains ont imaginé qu’un parlement de la zone euro pourrait être constitué à partir des parlements nationaux, mais on voit que cette proposition suppose d’avoir répondu au point précédent. Cette question est vitale puisqu’elle est le seul moyen d’éviter un éloignement grandissant des citoyens vis-à-vis de la construction européenne.

La troisième question est plus économique. Le modèle économique européen connaît de beaux succès, notamment celui du marché unique et, pour la zone euro, celui de la monnaie unique. Mais il fait face à une difficulté majeure. Au lieu de la convergence souhaitée, on a assisté à une divergence entre les deux composantes : celle du Nord, équilibrée sur ses marchés intérieurs comme extérieurs, et celle du Sud et du Centre, qui connaît croissance ralentie, taux de chômage élevé et déséquilibres budgétaires et commerciaux significatifs. Y a- t-il une logique qui conduise à redonner sens à ce mot de convergence alors même que les flux d’épargne entre les deux régions se sont ralentis et que la réponse donnée au Sud a été celle de la « dévaluation interne » (baisse des salaires), avec à la clef récession ou faible croissance ? La réponse macroéconomique est, sur le papier, simple et consiste à symétriser les ajustements en exigeant que les pays fortement excédentaires (l’Allemagne affiche un excédent extérieur de 8 % de son PIB) s’obligent à des politiques plus favorables à la croissance. Réformes structurelles dans plusieurs pays (dont la France) « contre » relance budgétaire et fiscale en Allemagne, ce quasi-contrat va dominer les prochains conseils européens, mais sans doute aussi la campagne électorale allemande… Quant au plan Juncker, il faut aller plus vite et plus loin.

Enfin demeure le problème de la subsidiarité dans son sens politique et pas seulement technique. On pourrait atténuer ce sentiment d’une bureaucratisation foisonnante avec des textes européens moins nombreux mais mieux identifiés et plus clairs.

Au fond, les mots que l’on peut associer à ces quatre questions sont : territoires de référence, démocratie, efficacité et proximité. La zone euro constitue l’aire pertinente pour ces quatre exigences, car elle permet de recentrer l’ensemble des missions de l’Europe à des niveaux accessibles pour les citoyens. La négociation délicate qui va s’ouvrir est vitale. Elle se devra d’aboutir à des initiatives fortes, concrètes et dotées de l’efficacité nécessaire pour qu’enfin l’Europe « délivre » en matière économique et sociale.

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