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Le revenu universel peut-il rassembler la gauche ?

Benoît Hamon, candidat socialiste à l’Elysée, a récemment amendé son projet de revenu universel. Ce changement de perspective est susceptible de créer de forts clivages à gauche.

Le projet de revenu universel a tout pour plaire à gauche. Faire en sorte que chacun ait le minimum de ressources pour vivre décemment ne devrait, en effet, pas choquer ceux qui sont sensibles à la pauvreté et aux inégalités. Dans l’une des économies les plus riches du monde, cela peut évidemment être mis en place par un gouvernement ayant le courage de faire des choix.

La mesure est coûteuse, mais, en ponctionnant plus de la moitié de la richesse produite chaque année, l’Etat dispose de ressources très importantes. Le revenu universel a par ailleurs de multiples avantages : il évite la stigmatisation des pauvres qu’entraînent les allocations dédiées et réduit les phénomènes de non-recours aux aides sociales ; il simplifie le système d’allocations en en réduisant le nombre et en facilitant les démarches administratives ; il facilite enfin le retour à l’emploi en étant maintenu pour les bas salaires.

Un recadrage qui ne suscite toujours pas l’adhésion

Benoît Hamon, candidat socialiste à la présidentielle, a eu raison de préciser son projet afin de le démarquer clairement de l’utopie homonyme mais d’inspiration radicalement différente car libérale qui vise à remplacer toutes les allocations de la protection sociale par un revenu unique versé à tous et sans conditions.

Le projet du candidat est aujourd’hui bien délimité : le revenu serait versé sous condition de ressources avec une diminution progressive pour éviter les effets de seuil. Pourtant, ce recadrage ne suffira pas à susciter l’adhésion de tous à gauche et au centre.

Car le revenu universel remet en cause la place centrale du travail dans le système de la protection sociale. Ce ne serait pas un revenu de solidarité active amélioré car il ne serait pas versé sous condition de recherche d’emploi. Ce changement de perspective n’est pas anodin et est susceptible de créer de forts clivages à gauche.

Faut-il verser ce revenu à toute la jeunesse ?

Un premier clivage porte sur la politique de la jeunesse. La proposition de versement du revenu universel dès 18 ans est un véritable séisme dans un monde où peu d’allocations sont versées avant 25 ans. On admet aisément que les jeunes travailleurs apprécieraient le gain de pouvoir d’achat. Mais la jeunesse n’est pas uniforme.

Les étudiants aussi seront aidés. La gauche applaudira certainement le soutien à ceux venant de familles modestes, mais sera moins unanime vis-à-vis des étudiants bénéficiant déjà de bonnes conditions matérielles. L’éventuelle suppression de la part fiscale dont bénéficient leurs parents ne compensant pas du tout le versement du revenu universel.

Plus polémique encore, la question de l’insertion des deux millions de jeunes sans emploi et sans formation reviendra immanquablement sur la table. N’est-ce pas vers eux que l’effort public devrait être concentré ?

Faut-il réformer le quotient familial ?

Un deuxième clivage concerne l’égalité entre les femmes et les hommes. Couplé à une individualisation de l’impôt, il serait naturel que le revenu universel soit versé aux personnes ne travaillant pas et ne cherchant pas à travailler, même si les revenus de leur conjoint sont élevés. Cela relance la question de l’opportunité du quotient conjugal, dont la suppression est susceptible d’engendrer de très importants transferts entre les ménages.

emplacer une économie d’impôt croissant avec le revenu par un revenu forfaitaire est cependant susceptible d’accroître la participation des femmes sur le marché du travail, ce qui est souvent défendu à gauche. Pourtant, force est de constater que la proximité d’une élection ou l’exercice du pouvoir rend les politiques, même progressistes, très frileux sur le quotient conjugal.

Faut-il accorder le revenu universel aux étrangers ?

Encore plus sensible, le troisième clivage concerne l’immigration. Le revenu universel devrait être versé à tout Européen venant s’installer, même s’il ne souhaite pas travailler, en France, car il est peu probable que des socialistes au pouvoir souhaitent mettre en place des allocations sous condition de nationalité. La gauche n’aime pas parler d’immigration et, trop souvent, elle laisse le forum à ceux qui n’en ont qu’une vision négative.

Historiquement, c’est l’Alaska qui fut l’Etat pionnier en matière de revenu universel, car l’objectif était d’attirer des immigrants. Après les épouvantables campagnes anglaises et américaines vis-à-vis de l’immigration, les socialistes français ont l’occasion de présenter une autre vision du monde. Le projet de revenu universel les y oblige.

 

Revoir le Duo éco avec Hippolyte d’Albis et Stéphane Carcillo 

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