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Santé : payer selon la valeur

La valeur thérapeutique est le paramètre qui doit déterminer le prix des médicaments. Peu importe si ce dernier coûte très peu à produire.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale devrait être adopté rapidement. Sur le volet santé, rien de bouleversant ; ceux qui rêvaient d’une rupture forte assise sur une vision globale des carences actuelles devront attendre.

Certes, quelques mesures vont dans le bon sens, comme le remboursement d’actes de télémédecine ou le développement de l’expérimentation et de l’évaluation ; mais aucune évolution de l’articulation du financement des soins par la Sécurité sociale et les complémentaires, et pas d’ambition dans la réduction des inégalités de santé, pourtant particulièrement marquées en France par rapport à de nombreux pays comparables.

Un système mal préparé

Rien non plus sur la question, de plus en plus délicate, du prix des nouveaux médicaments. Notre système de soins est mal préparé aux évolutions qui se dessinent : dans certains domaines, notamment en oncologie, de nouveaux traitements seront bientôt disponibles dont les prix, dans d’autres pays, se comptent parfois en centaines de milliers d’euros. L’attitude la plus fréquente par rapport à de tels prix est l’indignation. L’épisode récent du sofosbuvir, un traitement permettant de guérir de l’hépatite C en quelques mois, l’a montré : comment ce traitement peut-il être vendu plusieurs dizaines de milliers d’euros en France, alors qu’il est disponible pour quelques centaines de dollars en Egypte ou dans d’autres pays pauvres ? C’est bien le signe qu’en France, le laboratoire qui le produit réalise des profits indécents…

Tenir compte de la valeur thérapeutique 

Sous l’apparence du bon sens, ce raisonnement selon lequel le bon prix doit correspondre au coût de production, auquel on ajoute une marge « raisonnable », est pourtant une mauvaise manière d’aborder la question. Pour le comprendre, prenons l’exemple d’un nouveau médicament, dont le coût de production serait très élevé, qui aurait également nécessité d’importants efforts de recherche et développement, mais dont le bénéfice thérapeutique par rapport aux traitements existants serait très modeste : faudrait-il, parce qu’il coûte cher à produire, lui attribuer un prix élevé ? Bien sûr que non. Seule doit être prise en compte la valeur produite par le médicament. Si celle-ci est faible, son prix doit être bas ; si ce prix est trop bas pour permettre au laboratoire de valoriser ses investissements, cela ne devrait pas concerner l’assurance maladie. C’est à l’industriel de prendre ces risques, pas à la solidarité nationale. La contrepartie évidente est que dans le cas contraire, celui d’un médicament coûtant très peu à produire mais à très haute valeur thérapeutique, il convient de fixer un prix élevé. Ce prix conduira le laboratoire à faire des profits importants ? Mais tant mieux ! il sera ainsi récompensé d’avoir produit une innovation fortement bénéfique.

Associer le patient

Il est vrai que la prise en compte de la valeur d’un nouveau médicament n’est pas absente des mécanismes actuels de fixation du prix ; cependant, ceux-ci s’appuient sur des évaluations peu transparentes, et la valeur n’est qu’un des éléments considérés, selon des modalités peu claires et qui manquent de prévisibilité.

Certes, la valeur d’un nouveau médicament ou dispositif médical n’est pas toujours aisée à mesurer. Elle doit prendre en compte non seulement le bénéfice thérapeutique, mais aussi les économies possibles sur les autres postes de soins. Ainsi, lorsqu’un médicament réduit les hospitalisations futures, il faut tenir compte de cette réduction future des dépenses ; mais il faut une diminution effective des ressources consacrées à l’hospitalisation, et donc d’une part fermer des lits devenus inutiles, et d’autre part pouvoir basculer le budget d’une enveloppe à l’autre, au contraire de la logique « en silos » qui prévaut actuellement dans l’élaboration de la loi de financement. Quant à la valorisation du gain en santé apporté aux patients, c’est l’élément central. Les patients doivent être associés étroitement à l’évaluation de ce bénéfice, non seulement avant la mise sur le marché, mais aussi « en vie réelle. » Au fur et à mesure que des patients sont traités, ceux-ci expérimentent les effets du traitement, tant bénéfiques que négatifs ; ces informations nouvelles doivent conduire à une révision régulière de la valeur. Le développement de plateformes numériques permet un tel retour d’expérience, qui nourrit de meilleures mesures de la qualité des soins ; ce sont ces mesures, et non le coût de production, qui doivent déterminer la rémunération des producteurs de soins.

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