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Similitudes avec la crise financière de 2007…

Similitudes. A en croire Patrick Artus, l’économie mondiale présente aujourd’hui plusieurs points communs avec la situation qui prévalait en 2007-2008, juste avant la crise financière internationale. « Les taux d’endettement des entreprises comme des particuliers sont élevés, surtout dans les pays émergents. Comme le crédit est bon marché, les ménages s’endettent, ce qui fait monter les prix de l’immobilier », explique Patrick Artus. Par ailleurs, les primes de risque sur les actifs financiers sont faibles. Pour cette raison, selon l’économiste, « les fonds d’investissement achètent massivement des actifs risqués pour augmenter leur rendement. Le danger est que si une majorité de leurs clients exige le remboursement immédiat de leurs mises, les fonds d’investissements ne pourront pas y faire face ». C’est ce qui s’est produit avec la crise des subprimes.

Surveiller les flux de capitaux. Patrick Artus ajoute un autre facteur d’instabilité, peu présent il y a dix ans : l’énorme augmentation des flux de capitaux au niveau international. « Ceux-ci peuvent passer d’un pays à un autre de façon brutale et provoquer des crises de changes et de balance de paiement en un rien de temps », analyse le directeur de la recherche de Natixis, qui parle toutefois de la nécessité d’un élément déclencheur : « En 2007, c’est la chute violente des prix de l’immobilier qui avait mis le feu aux poudres. L’insolvabilité des acquéreurs due à l’effondrement de la valeur de leurs biens provoqua alors des défauts de crédit en cascade, et une crise de la titrisation des dettes ». Exemple d’un choc violent ? « Une crise géopolitique majeure au Moyen-Orient qui se traduirait par une très forte augmentation des prix du pétrole », explique Patrick Artus.

Réactions en chaîne. Pour stopper l’inflation née de cette hausse des prix du pétrole, « les banques centrales seraient contraintes de remonter brusquement leurs taux d’intérêt, ce qui provoquerait des défauts massifs des emprunteurs, devenus incapables d’assurer leurs échéances et des fonds d’investissements (…) incapables de rembourser leurs souscripteurs », expliquait récemment Patrick Artus au magazine Challenges. Mais selon l’économiste, « pour le moment, l’hypothèse d’un choc extrême ultra violent n’est pas des plus probables ». Quant aux banques centrales, « elles craignent tellement de provoquer une crise financière qu’elles vont continuer à maintenir des politiques monétaires expansionnistes et des taux d’intérêt bas ». Mais – car il y a toujours un mais – gare au retour de bâton de l’argent facile.

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