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Quelle souveraineté monétaire pour l’Afrique de l’Ouest ?

La souveraineté monétaire africaine doit être abordée au niveau supranational. Pour l’instant, la création d’une monnaie unique pour la communauté économique d’Afrique de l’Ouest est à exclure. 

La zone franc est en débat. Elle a traversé depuis 2007 les turbulences mondiales, en faisant montre de résilience, de stabilité – stabilité monétaire, bien sûr, avec aujourd’hui des taux d’inflation modiques dans la zone en comparaison des autres pays africains – et de solidarité entre pays membres.

Les chocs et contre-chocs pétroliers ont à nouveau mis en évidence l’hétérogénéité intrazone. Avec le recul des prix du pétrole, la sous-région d’Afrique centrale est en grande difficulté. La croissance est plus favorable à l’ouest pour les pays de l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine), importateurs de pétrole donc gagnants dans le contexte actuel.

Nous ne sommes pas dans le contexte du changement de parité de 1994. Une dévaluation du franc CFA ne réglerait en rien le problème de la sous-compétitivité de certains pays membres ; elle aurait pour effet à court terme de faire remonter l’inflation, avec son cortège d’anticipations défavorables, de distorsions de prix et de creusement des inégalités, sans desserrer la contrainte extérieure vu la spécialisation des pays membres centrée sur les matières premières. Par ailleurs, l’ancrage du CFA à l’euro signifie aujourd’hui l’arrimage à une monnaie crédible dont le taux de change a heureusement reculé depuis trois ans.

S’agissant du compte d’opérations auprès du Trésor français, l’obligation de dépôt de 50 % des réserves de change des deux sous-régions est la contrepartie de la pleine convertibilité du franc CFA, de la garantie de change et de la faculté de tirage des deux sous-régions sur ce compte d’opérations. Une discussion pourrait s’engager pour ramener cette fraction à 40 %, ce qui serait un geste politiquement appréciable.

Il y a aussi un débat sur la rémunération offerte sur le compte d’opérations, indexée sur des  taux directeurs de la BCE . On pourrait envisager un coup de pouce (par exemple, 1 % au lieu de 0,75 % aujourd’hui) et modifier à la marge la formule d’indexation.

Politiques de développement durable et de croissance plus inclusive

Le débat sur la souveraineté monétaire fait rage, en Afrique comme ailleurs. Il faut faire une différence entre la vraie souveraineté, celle qui correspond à la réelle maîtrise de son destin monétaire, et l’illusion de la souveraineté, qui, elle, évoque une maîtrise plus rêvée que réelle. Nous pensons donc que la souveraineté monétaire, dans ce monde globalisé et qui va l’être de plus en plus avec le numérique et les fintech, doit être abordée en Afrique comme en Europe au niveau supranational. Pour autant, nous ne croyons pas à l’émergence à court terme d’une monnaie unique pour la communauté économique d’Afrique de l’Ouest (zone Cedeao).

La question monétaire ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Car il faut mettre au premier rang les politiques de développement durable et de croissance plus inclusive (réduction de l’exclusion et des inégalités), la lutte contre le changement climatique… La zone franc doit conserver ses objectifs de stabilité monétaire et de solidarité financière mais y ajouter de façon plus explicite des objectifs touchant à l’économie réelle.

Cela requiert la promotion des financements à long terme. Il convient de renforcer la capacité des banques de développement multilatérales. Il s’agit aussi d’attirer plus d’épargne privée, formelle ou informelle, vers le financement des infrastructures, des PME, de la transition énergétique… Sans oublier que, du côté des dépenses publiques, une meilleure maîtrise s’avère indispensable dans les deux sous-régions.

La volatilité des prix des matières premières va demeurer au coeur de la problématique économique africaine, vu les effets de distribution entre pays exportateurs et pays importateurs. Pour lisser les effets de cette volatilité, les pays de la zone qui ne l’ont pas encore fait devraient se doter de fonds de stabilisation ou de fonds souverains, engrangeant les revenus en période favorable pour décaisser en période de crise. La monnaie n’est certainement pas la seule affaire publique qui requiert une stratégie de long terme.

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