30 universitaires et une conviction : l'importance d'un débat ouvert et accessible

Les trois piliers économiques du débat présidentiel

Les candidats ont soulevé trois débats fondamentaux sur la trajectoire économique des années à venir. Voici lesquels!

Décidément, tout le monde a l’air fâché avec les chiffres. Programmes trop ambitieux d’un côté, absence de chiffrage de l’autre. En réalité, ce n’est que la conséquence d’un débat de politique économique en deux temps, celui des primaires puis celui de la vraie confrontation, qui pousse à une floraison de propositions parfois intéressantes, mais qui ne donnent en ce mois de janvier qu’une idée imprécise de ce qui sera réellement décidé par le nouveau président.

Et pourtant, les candidats ont soulevé trois débats fondamentaux sur la trajectoire économique des années à venir : le chômage technologique, les relations entre risque et rente et le choc du vieillissement. Ces thèmes ont en commun de représenter des contraintes ou des opportunités déterminantes pour l’avenir de l’économie française.

Premier débat : le chômage technologique

Le plus bel exemple est celui du chômage technologique, qui rejoint l’interrogation outre-Atlantique sur ce qu’on nomme la stagnation séculaire. Beaucoup de candidats ont érigé la valeur travail en priorité, mais l’un d’eux a mis en avant de manière affirmée, comme Jeremy Rifkin en son temps, la fin du travail.

Depuis deux siècles et demi, les économistes s’interrogent sur l’impact du progrès technique, c’est-à-dire l’introduction massive de machines, sur la quantité d’emplois disponibles, dans des débats de haut niveau comme celui entre Ricardo et Sismondi. L’expérience que nous avons connue depuis la première révolution industrielle est celle d’un impact négatif à court terme puis d’un développement de nouvelles activités à terme un peu plus long, assorti d’une réduction du temps de travail.

Il n’empêche, les peurs ont toujours été là comme le rappellent les luddites ou les canuts de Lyon, car l’incertitude règne sur la durée de la transition et sur la nature des nouveaux emplois créés. Mais ceci n’autorise guère une vision définitive du sujet, d’autant que l’évolution principale du travail aujourd’hui est la bipolarisation et qu’il est très difficile de quitter le territoire des emplois non qualifiés pour ceux qui en sont prisonniers, ce qui invite à privilégier la formation tout au long de la vie.

Deuxième débat : risque et rente

Autre sujet majeur, celui du risque et de la rente, traduit aujourd’hui par une difficulté économique majeure, celle d’une épargne abondante détenue majoritairement par des seniors qui éprouvent par nature une aversion au risque et donc hésitent à la diriger vers des investissements à rentabilité incertaine.

Tout le problème macroéconomique sera celui de contrer cette prééminence de la rente et d’imaginer une fiscalité qui incite à diriger l’épargne là où elle permet de créer de la croissance et de l’emploi. On peut même imaginer, comme ce fut le cas dans de grands investissements passés, que des garanties soient données quant au partage du risque.

Troisième débat : le choc démographique

Dernier thème, celui du choc démographique, est peut-être celui qui contraint le plus la structure économique de notre pays. Il a été évoqué à travers le thème des retraites, même si les quatre réformes antérieures ont été efficaces, mais ceci concerne aussi le domaine de la santé, de sa croissance et de son financement. Mais, plus globalement, nous devons inventer dans cette période les bases d’un contrat intergénérationnel qui compléterait notre ­contrat social, notamment les principes actuels de protection sociale, en imaginant des transferts financiers là aussi beaucoup plus stimulants pour la croissance.

On peut imaginer sans peine que les successions au bénéfice des jeunes seniors ne jouent plus qu’un rôle marginal. Et que, au contraire, les donations vers la jeune génération soient favorisées, afin que celle-ci puisse se loger et développer des projets entrepreneuriaux. Mais on touche là une vache sacrée de notre comportement, celui lié au patrimoine immobilier avec l’absolue nécessité de le rendre plus disponible pour nos descendants. Ce sont les trois piliers d’un vrai débat pour une évolution plus favorable de notre trajectoire économique. Ils sont définis, il faut maintenant s’en emparer.

 

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