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Un Nobel d’économie 2015 très classique

 DeatonAir du temps. L’Américano-britannique Angus Deaton, 69 ans, a décroché le prix Nobel d’économie 2015. Ses recherches portent sur la consommation, en particulier celle des pauvres. Ce prix raisonne avec l’actualité, à l’heure de la conjoncture morose et d’ambiance de fracture sociale. Au sujet des recherches menées par le nobélisé, Dominique Roux rappelle que « ce travail, lié en partie à la recherche du bonheur, a eu une dimension très importante à l’époque de la croissance. Une question revenait alors en boucle : la croissance oui, mais pour quoi faire ? ». Pour le Professeur à l’Université Paris-Dauphine, ce champ de recherches s’oppose à la définition que Raymond Barre donnait de l’économie : la lutte contre la rareté. « Aujourd’hui, explique Dominique Roux, nous sommes plus dans la lutte pour le partage ».

Notoriété ordinaire. L’auteur du livre Nobel en économie, publié aux Editions Economica, souligne le caractère très classique d’Angus Deaton. L’attribution du prix ne salue plus uniquement les ‘’inventeurs’’ comme ce fut le cas il y a plusieurs décennies. « Les grands économistes d’aujourd’hui, ceux qui apportent des choses, ne sont pas des gens qui, comme dans le passé, révolutionnaient la pensée, inventaient de nouveaux modèles », estime Dominique Roux qui n’hésite pas à faire le parallèle avec la médecine. « Nous n’avons plus le chercheur qui invente une théorie pour lutter contre des maladies », mais de simples passeurs, actifs en recherche expérimentale. « Il faut rappeler que le Prix Nobel d’économie a été créé en 1969. On avait accumulé de grands économistes par le passé qui n’avaient jamais eu le Nobel mais qui étaient des maîtres. L’économie n’était pas la science qu’elle est aujourd’hui ».

Attirance américaine. « Angus Deaton est anglais et il est aujourd’hui aux Etats-Unis. Autrement dit, encore une fois, l’Europe alimente les USA. C’est toujours les centres de recherche américains qui captent les meilleurs », regrette Dominique Roux. De plus, « il y a le lobby de tous les collègues qui font la promotion de l’Université de Princeton ». Deaton succède au français Jean Tirole, couronné en 2014 pour son analyse de la régulation des marchés. Il rejoint la longue liste des enseignants de la prestigieuse université récompensés par le Nobel dans la discipline économique. Paul Krugman en fut un autre… en 2008.

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