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Que va faire la Banque centrale européenne pour calmer la remontée des taux longs ?

L’été ne sera pas chaud uniquement sur les plages. Alors que l’euro vient d’atteindre un nouveau pic face au dollar, les taux d’intérêt de long terme sont, eux aussi, sur la pente ascendante. Jean-Paul Betbeze revient sur les raisons de cette hausse des taux, et évoque les gestes, possibles et souhaitables, d’accalmie.

Pour répondre, il faut mesurer ce qui est arrivé aux taux longs en zone euro ces derniers jours. Le 27 juin, ils sont à 0,38% pour le 10 ans allemand, sautent à 0,57% le 10 juillet pour se replier lentement. Ils sont ainsi à 0,48% le 19 juillet. Pour le bond du trésor français, le choc est plus rude : 0,63% le 27 juin, 0,97% le 10 juillet, 0,85% le 19 juillet. C’est une crise, une colère – comme pour les enfants, un tantrum – comme on dit en anglais.

L’origine : Mario Draghi ! Il a été bien surpris de l’orage financier qu’il a déclenché ce 27 juin à Sintra, lors de son discours d’introduction au séminaire sur le Central banking – devant un parterre d’auditeurs décidément très réactif. « Avec la poursuite du redressement économique… la banque centrale peut accompagner la reprise en ajustant les paramètres de ses instruments de politique monétaire – non en vue de durcir son orientation, mais de la maintenir globalement inchangée ». Ces mots voulaient évidemment dire que, puisque les choses allaient mieux, la Banque centrale européenne allait revoir un peu son dispositif dans les mois à venir, mais tout en le gardant accommodant.

Crise de colère ! Les marchés financiers ont compris, eux, que, puisque les choses allaient mieux, l’inflation à 2% était à la porte, donc la réduction de la politique accommodante de la BCE. Et les rendements s’envolent.

Diagnostic du tantrum : le choc de surprise qui inquiète. C’est la référence au jour (le 21 mai 2013) où Ben Bernanke mentionne que les achats de bons du trésor par la Fed devraient bien se réduire un jour (taper). Il n’avait pas fini son discours que les taux longs montaient, créant une mini-crise mondiale. Depuis lors, la Fed s’entoure d’un rare luxe de précautions pour gérer la baisse de son portefeuille – qu’elle n’a pas encore commencée !

Zone euro : d’abord calmer le jeu. Les autorités ont immédiatement essayé de calmer le jeu, plus quelques critiques voilées. « La Banque centrale européenne devra ajuster sa politique monétaire avec prudence, souplesse et transparence pour éviter de provoquer des désordres sur les marchés financiers » déclare Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE. Pense-t-il à Mario ?

Mais la baisse des rendements n’est toujours pas là. Mario Draghi est pourtant très clair le 20 juillet : « nous avons décidé de laisser les taux d’intérêt directeurs de la BCE inchangés. Nous nous attendons à ce qu’ils restent à leurs niveaux actuels sur une période prolongée, et bien au-delà de l’horizon fixé pour nos achats nets d’actifs. En ce qui concerne les mesures non conventionnelles de politique monétaire, nous confirmons que nos achats nets d’actifs, au rythme mensuel actuel de 60 milliards d’euros, devraient être réalisés jusque fin décembre 2017, ou au-delà si nécessaire ».

La colère ou le tantrum ne pourront être calmés que lorsque la BCE précisera la réduction de sa stratégie d’achats de bons du trésor, avant de remonter ses taux. La publication le 6 juillet des minutes de sa dernière réunion du Comité de politique monétaire des 7 et 8 juin avait montré qu’elle hésitait sur la marche à suivre. Ce n’est plus possible. Il va falloir qu’elle soit plus claire, mais le point bas des taux est passé. Mario Draghi s’est laissé emporter. Les taux et l’euro montent.

La BCE va devoir dévoiler son agenda. Mario Draghi parlera à Jackson Hole. On soigne les colères par des histoires, comme pour les enfants ?

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