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Les valeurs vertes ont la cote

Agroalimentaire, énergie, produits financiers… le Salon International de l’Agriculture, dont l’édition 2018 vient de s’ouvrir à Paris, est aussi la vitrine des entreprises et banques qui développent les valeurs vertes. Catherine Lubochinsky explore l’impact d’un phénomène devenu tout aussi financier que sociétal.  

La « vertitude » est sans aucun doute l’une des plus profondes mutations du comportement de l’ensemble des acteurs économiques au cours de ces dernières années. Elle s’insère dans la prise de conscience générale en faveur du développement durable. Le phénomène du « regard social » s’amplifie de telle sorte que tout acteur s’est convaincu, parfois à l’aide de règlementations fiscales incitatives ou de normes obligatoires, qu’il doit être socialement responsable : les ménages font du tri collectif, les Etats s’engagent contre le réchauffement climatique et les entreprises, qui en ont compris l’impact sur leur image, prennent des mesures « exemplaires ». C’est ainsi que les plus grandes compagnies pétrolières se sont engagées dans la création d’un fonds vert pour développer les technologies à faible émission de carbone.

En France, le succès de l’agriculture « bio » est indéniable. Ce secteur représente plus de 100.000 emplois directs et l’objectif est d’y consacrer 15% de la surface agricole d’ici 2022. Les rendements physiques sont certes plus faibles (et posent question sur comment nourrir la planète) mais les rendements financiers sont plus élevés compte tenu des prix de vente – qui ne remettent pas en cause l’engouement des ménages… aisés.

La crise financière ayant jeté l’opprobre sur le secteur financier, ce dernier est certainement celui qui est le plus dynamique dans sa contribution au financement socialement responsable, tant de la part des investisseurs que des émetteurs. Dans ce cadre, les obligations vertes répondent à trois objectifs : envoyer un signal, attirer les investisseurs, de plus en plus nombreux, préoccupés par ces problématiques, et faciliter les Etats et les entreprises à financer directement les mesures d’adaptation et d’atténuation du changement climatique.

L’effet signal est sans doute le plus significatif, du moins pour les Etats puisque les dépenses vertes sont budgétées à l’avance. Il est parfois contradictoire, comme par exemple la France qui vient de donner son accord au prêt de 1,5 milliards d’euros de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour financer un projet de pipeline transadriatique de gaz fossile. Quant aux investisseurs institutionnels, l’article 173 de la loi transition énergétique constitue une forte incitation puisqu’elle les oblige à déclarer leur prise en compte de critères extra financiers dans la gestion de leurs actifs. Le terme ISR étant par ailleurs trop vague, la stratégie récente de l’industrie de la gestion d’actifs se porte plus sur des thématiques particulières : des fonds « eau », « zéro carbone », « Happy@work » etc. Bref les fonds Vice ne sont plus en odeur de sainteté.

Quel coût les investisseurs sont-ils prêts à payer pour obtenir ce label « vert » ? Telle est la question. Une étude récente de la Banque des règlements internationaux (BRI, septembre 2017) révèle que, sur les trois dernières années, les obligations vertes ont été émises à un taux plus faible de 18 points de base que pour des obligations classiques comparables. Cette prime à l’émission s’explique par le déséquilibre actuel entre l’offre et la demande.

Bien qu’augmentant à un rythme soutenu, les émissions d’obligations vertes ont un poids marginal : de 87 milliards de dollars en 2016, elles ont atteint 155 milliards en 2017, et les prévisions pour 2018 sont de l’ordre de 250 milliards. Ces montants sont toutefois à relativiser : le stock mondial de dettes est d’environ 100.000 milliards. Cependant, une fois émises, leur performance est globalement similaire à celle des obligations classiques, desquelles elles ne diffèrent apparemment que par le label vert.

Si de tels financements permettent effectivement d’œuvrer en faveur du développement durable, alors le risque relatif entre le secteur vert et les autres devrait se traduire par un différentiel de rendement. Le risque de long terme est donc toujours insuffisamment pris en compte sur les marchés financiers.

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