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Vers un envol du prix du baril ?

4faa649fa0cfe13325de53e87689809f-627x336Les cours du pétrole sont repartis à la hausse. La remontée sensible du prix du baril, observée ces dernières semaines, n’a pas tardé à se répercuter sur celui des carburants à la pompe. Patrice Geoffron explique pourquoi il estime peu plausible une remontée forte et durable du prix de l’or noir.

 

 

Nous concluions une précédente chronique par un constat récent de l’Agence Internationale de l’Energie, considérant que, pour première fois depuis les origines, le pétrole fonctionne comme un marché.

Pour sortir de « l’emprise » du marché, l’OPEP est affairée à recréer des mécanismes de régulation. Comme le cartel ne pèse qu’un tiers de la production journalière (et l’Arabie Saoudite un tiers de ce tiers), une réduction de l’offre doit impliquer d’autres acteurs et, nécessairement, la Russie (qui pèse autant dans la production que l’Arabie). Les échanges ont été intenses dernièrement (notamment dans le cadre du Congrès Mondial de l’Energie en Turquie dernièrement) et le seront en amont de la réunion de l’OPEP, fin novembre à Vienne, où tout se jouera.

Mais, tant du côté de l’offre que de la demande, des facteurs structurels rendent peu plausible une remontée des prix forte et durable.

Du côté de l’offre tout d’abord, le cartel de l’OPEP a énoncé fin septembre à Alger un projet de baisse de l’ordre de 700k barils par jour. Mais restera à répartir un effort dont il est acquis que l’Iran, la Libye et le Nigeria seront exemptés. Comme, de longue date, les quotas au sein de l’OPEP ont été peu respectés (euphémisme), le contrat scellé à Vienne fin novembre sera fragile ; d’autant que les tensions entre l’Arabie Saoudite et l’Iran l’hypothéqueront.

Deuxième difficulté, un accord circonscrit à l’OPEP, sans la Russie, ne suffirait pas à peser sur les cours. Dès septembre, Russes et Saoudiens (en marge du G20) avait appelé à un contrôle de la production. Mais le conflit syrien, où s’opposent indirectement ces derniers, rend une coopération sur le front pétrolier très friable. Par le passé, à la fin des années 1990 et en 2008, la Russie avait laissé l’OPEP agir seule. Récemment, la Russie a accru sa production, et mis en production de nouveaux gisements en Sibérie ou dans l’Arctique, témoignant d’une stratégie agressive. En outre, les compagnies russes assument des coûts en roubles (dont le cours a chuté), mais vendent en dollars, de sorte qu’elles restent rentables aux alentours de 20 à 30 $. Tout concourt ainsi à un soutien mesuré de la Russie à un accord de régulation des prix.

Le dernier obstacle, du côté de l’offre, est à rechercher outre-Atlantique : à mesure d’une appréciation des cours, les volumes américains (qui dépendent de centaines de producteurs et ne peuvent être « contrôlés ») progresseront, contribuant à « caper » les futurs prix mondiaux.

Reste la demande : seule une reprise forte et durable de la croissance pourrait accrocher à nouveau le pétrole aux 100 dollars. Le cru d’octobre des Perspectives économiques mondiales du Fonds monétaire international (FMI) évoque une « croissance est trop faible depuis trop longtemps » (selon son chef économiste, Maurice Obstfeld), avec une progression du PIB de 3,1 % en 2016 et 3,4 % en 2017 (ramenées à la baisse de 0,3% et 0,2%) dont la réalisation restera adossée à une longue liste de risques (sécheresses en Afrique, actes terroristes, conflits au Proche-Orient, dette chinoise, Brexit, …). Et de conclure sur un danger d’enlisement dans une « stagnation séculaire », peu compatible avec un rebond de la demande de pétrole. Cela d’autant que, depuis octobre, suffisamment de pays ont entériné l’Accord de Paris, issu de la COP 21, engagement qui sera conforté à la COP 22 de Marrakech en novembre et repose des efforts de limitation du recours aux énergies fossiles, charbon et pétrole en tête.

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