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Volkswagate et l’efficience des marchés

Le séisme des logiciels truqués de Volkswagen propage son onde de choc sur les marchés financiers. Rien d’étonnant aux yeux de l’économiste Gunther Capelle-Blancard, qui souligne les autres effets induits par cette affaire sur le la gouvernance d’entreprise.

Certaines affaires font date… Comme les scandales Exxon Valdez, Enron ou Arthur Andersen, les mensonges du groupe Volkswagen marqueront un avant et un après. Depuis mi-septembre, la capitalisation boursière du groupe a chuté de 30%[1], soit une perte pour les actionnaires de l’ordre de 15 milliards d’euros. Cette évaluation tient compte du coût lié au rappel de dizaines de millions de véhicules et des probables amendes, mais aussi, et surtout, d’une perte de réputation pour le constructeur allemand.

Rien que le mois dernier, au Royaume-Uni, les ventes d’automobiles Volkswagen ont chuté de 10% (alors que les autres constructeurs n’enregistraient qu’une baisse de 1% de leurs ventes). L’affaire est en outre loin d’être finie et il faut s’attendre à des dizaines d’années de procédures.

Que nous apprend cette affaire ? Que les grandes firmes résistent plutôt mal à la tentation du mensonge. C’est le cas de tout un chacun direz-vous. Certes, mais les mensonges de monsieur tout le monde n’impliquent pas des dizaines de milliards de pertes ni la santé (parce qu’au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit) de tous.

Alors que la théorie financière sacralise « l’efficience informationnelle des marchés », on s’aperçoit année après année que de nombreuses firmes dissimulent des informations cruciales aux actionnaires, que les cabinets comptables et d’audit sont parfois complices, que les firmes mentent sur le respect des normes du travail, des normes environnementales, qu’elles « optimisent » par tous les moyens leurs obligations fiscales, etc.

Avant l’explosion de sa plateforme Deepwater horizon, BP vantait ses mérites écologiques (un joli logo vert et jaune en forme de soleil accompagné d’un slogan des plus cocasses, Beyond Petroleum…). De même Volkswagen se targuait d’être un bon élève : une semaine avant de passer aux aveux, le groupe publiait un communiqué de presse dans lequel il se félicitait d’être en tête des constructeurs automobiles mondiaux pour ses performances environnementales, sociales et de gouvernance d’après le Dow Jones Sustainability Index.

Volkswagen était également classé premier par la société de gestion, spécialisée en Investissement Socialement Responsable, RobecoSAM. Il est clair que cette affaire porte un coup dur à l’idée même de Responsabilité Sociale des Entreprises. L’évaluation de la performance extra-financière reste une véritable gageure.[2]

Le pire au fond dans cette affaire, c’est que tout cela se savait. Il y a quatre ans déjà, Greenpeace dénonçait The Dark Side of Volkswagen. Un représentant de la Commission européenne a même admis que l’exécutif européen était conscient du problème depuis 2010. Preuve que les marchés ne sont pas si efficients…

Gunther Capelle-Blancard, Professeur d’économie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur au Labex Réfi (Régulation financière).

 

[1] Si l’on tient compte de l’évolution du DAX sur la même période et du bêta du titre, la rentabilité anormale cumulée, estimée par la technique des études d’évènements, s’élève à 40%.

[2] Pour une analyse plus approfondie, voir G. Capelle-Blancard et A. Petit, Le véritable défi de l’ISR : Mesurer les performances extra-financières, Revue Française de Gestion, n°236, 2013/7.

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