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Yuan : pourquoi Trump change d’avis?

Les Etats-Unis viennent de conclure que la Chine ne manipulait pas sa monnaie pour doper ses exportations. Cela officialise le récent revirement du président américain, Donald Trump, sur la question. Valérie Mignon analyse les raisons de ce revirement, à la fois politique et économique.

Durant sa campagne présidentielle, Donald Trump n’a cessé d’accuser les autorités chinoises de maintenir artificiellement le yuan à un niveau bas afin de doper les exportations. Il avait alors affirmé qu’il mettrait la Chine à l’index dès son arrivée au pouvoir, brandissant la menace d’instauration de droits de douane conséquents, d’un retour accru au protectionnisme et prenant ainsi le risque de voir naître un conflit commercial entre les deux premières puissances économiques mondiales.

Comme en témoigne le rapport semestriel du Trésor paru le 14 avril 2017, le président américain a opéré un revirement très marqué en indiquant que la Chine ne faisait pas partie, parmi les pays affichant des excédents vis-à-vis des Etats-Unis, des partenaires commerciaux manipulant leur devise pour stimuler leurs exportations. Ainsi, après avoir été vivement accusée de sous-évaluation, la Chine se trouve désormais dédouanée, même si elle reste sous étroite surveillance. Comment expliquer un tel changement de position ? Qu’en est-il réellement de la sous-évaluation de la devise chinoise aujourd’hui ?

L’explication venant directement à l’esprit concernant cette volte-face du Président américain est d’abord d’ordre géopolitique. Il est fort probable que l’atténuation des critiques formulées à l’encontre de la Chine provienne du rôle crucial que celle-ci pourrait jouer dans la résolution des tensions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord. Ensuite, toujours au niveau politique, la montée en puissance des partisans « moins conservateurs » de Donald Trump, tels Gary Cohn et Jared Kushner plaidant pour une présidence plus conventionnelle et moins « nationaliste », est à même de contribuer à l’explication du virage à 180 degrés.

A un niveau plus économique, il est en outre à souligner que les autorités chinoises n’ont pas agi sur le yuan au cours de la période récente. En particulier, la monnaie chinoise a chuté face au dollar en 2016 du fait, notamment, des importantes sorties de capitaux liées au ralentissement de la croissance. Malgré cette dépréciation, que Pékin tente d’endiguer, peut-on réellement parler de sous-évaluation ?

Afin de déterminer si une monnaie est sur ou sous-évaluée, il convient d’en estimer la valeur dite d’équilibre, c’est-à-dire le niveau du taux de change tel qu’il est reflété par l’état des fondamentaux économiques à moyen – long terme. Le degré de sur ou sous-évaluation, ce que l’on appelle le mésalignement, est alors obtenu par la différence entre le taux de change observé et la valeur d’équilibre.

En supposant que le taux de change du yuan dépend de la position extérieure nette, de la productivité relative du secteur des biens échangeables par rapport aux biens non échangeables et des termes de l’échange, les récents travaux du CEPII montrent que si le yuan était sous-évalué depuis 1990, tel n’est plus le cas à compter de 2013. Depuis la plus forte sous-évaluation du yuan datant de 2006, soit l’année suivant la fin officielle de l’ancrage au dollar, l’ampleur de la sous-évaluation ne cesse de se réduire, le yuan « flirtant » avec l’équilibre en 2012 et affichant ensuite une tendance à la surévaluation dont le niveau se situe entre 6 et 11% en 2016 selon les hypothèses retenues.

Au total, si le revirement de Donald Trump s’explique au premier abord par des considérations politiques, sur le fond il apparaît que l’attaque relative à la sous-évaluation du yuan était excessive eu égard aux fondamentaux économiques de la Chine.

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