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Après la COP 26 : que faire ici et maintenant ?

Trop tôt pour tirer les conclusions de la COP 26, il est déjà permis d’en retenir des enseignements. Du chemin a été parcouru depuis la COP 21 : si l’Accord de Paris avait été fragilisé par le retrait américain (désinhibant d’autres États sceptiques ou bravaches, comme le Brésil), les annonces de ces derniers mois suggèrent un meilleur alignement des convictions. Avant leur arrivée à Glasgow, une soixantaine de pays et l’Union Européenne avaient adopté ou énoncé des objectifs de neutralité carbone pour le milieu du siècle, l’ensemble pesant deux tiers des émissions mondiales (selon le décompte de l’OCDE). Durant la COP 26, l’Arabie Saoudite et la Russie (en 2060 comme la Chine) et l’Inde (en 2070) ont même rejoint cette majorité désormais écrasante de pays à futures « zéro émissions nettes » (ZEN). Certains, comme la Finlande, visent cet objectif dès 2035, l’Autriche et l’Islande d’ici 2040, l’Allemagne et la Suède d’ici 2045.

Le compte n’y est pas

Le ZEN devenant la norme, comment apprécier cette soudaine convergence des visions de long terme ? Même l’observateur le plus optimiste se gardera de conclure qu’elle annonce l’éclatante réussite de l’Accord de Paris. Et s’attachera à vérifier que ces hautes ambitions de long terme sont étayées par des actions cohérentes à court terme. Et le compte n’y est pas…

Observons tout d’abord que les engagements ZEN sont extraordinairement hétérogènes. Certains sont juridiquement contraignants, tandis que d’autres sont en cours d’examen, voire seulement esquisse de perspective politique. Toujours selon l’OCDE, seuls une trentaine d’États ont des feuilles de route vers leur neutralité. Et de nombreuses questions se posent concernant les gaz couverts (seulement le CO2 ou également le méthane, le protoxyde d’azote, les gaz fluorés ?), les secteurs inclus (l’aviation et la navigation internationales sont-elles incluses ?), ainsi que le recours à la compensation (schématiquement, la plantation d’arbres aux effets incertains sur la captation de CO2).

Les États rappelés à l’ordre

Surtout, la COP 26 révèle un grand écart entre le long terme ZEN et les engagements pris d’ici la fin de notre décennie. En ouverture, António Guterres, Secrétaire Général de l’ONU, avait enjoint les participants à ne pas condamner l’espoir de limiter le réchauffement à 1.5°C, faisant écho au mantra du président de la Conférence, Alok Sharma (« To keep 1,5 °C alive »). Des initiatives importantes ont certes été prises (concernant le méthane, la déforestation, le financement des fossiles, …), mais sans qu’une nette rupture soit perceptible et sans crédibilité réelle de mise en œuvre. Or la réalité comptable est cruelle : pour limiter la dérive du climat à +1,5°C à la fin du siècle, il faudra diviser les émissions par deux d’ici 2030… Pour juger de l’importance de l’effort, retenons que l’Agence Internationale de l’Énergie (qui n’est pourtant pas une ONG) a développé un scénario ZEN qui implique, dès 2021, d’arrêter le développement de tout nouveau projet de champ pétrolier ou gazier, et de mine de charbon.

S’il est tentant d’incriminer des États qui se soucient peu de crédibiliser une démarche de neutralité (l’Australie par exemple), retenons que la France et l’Allemagne, en 2021, ont été rappelées à l’ordre pour les retards accumulés dans leurs engagements (respectivement par le Conseil d’État et la Cour Constitutionnelle fédérale). Au sortir de la COP 26, aucun État ne pourtant occulter la question désormais brulante : que fait-on ici et maintenant ?


Patrice Geoffron est professeur à l’université Paris Dauphine et membre du Cercle des économistes.

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