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Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Attention le débat sur l’euro déraille

Agnès Bénassy-Quéré

Agnès Bénassy-Quéré

Il est de bon ton ces temps-ci d’affirmer que la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale. Comprenez : que ce fut une erreur de faire l’euro, qu’il faut défaire tout cela, « casser l’euro » proposent même certains, comme on casse un jouet le lendemain de Noël. Tout ira mieux, nous dit-on. Mais au fait, qu’est-ce qu’une zone monétaire optimale ? Le concept a été introduit par Robert Mundell dans un article de seulement neuf pages publié en 1961 dans l’American Economic Review. L’idée est simple. Elle consiste à trouver, pour une zone géographique donnée, le nombre optimal de monnaies permettant de réaliser le meilleur compromis possible entre (1) la flexibilité que permet une monnaie indépendante, et (2) la limitation des coûts de conversion et de l’incertitude sur les prix liée à la multiplicité des monnaies. La zone euro est une zone monétaire optimale si et seulement si le fait de passer d’une monnaie unique à deux, trois, voire 18 monnaies indépendantes coûterait davantage, en conversions de change et risques pour les entreprises, que cela ne rapporterait en terme d’indépendance retrouvée de la politique monétaire. Alors la zone euro est-elle une zone monétaire optimale ? Il n’y a pas de réponse à cette question car nul n’a véritablement fait le calcul qui est particulièrement difficile. Évitons donc les formules à l’emporte-pièce et raisonnons calmement.

Premièrement, nous n’avons aucune certitude que la France soit elle-même une zone monétaire optimale. Les partisans de la réintroduction du franc français devraient aussi s’interroger sur l’opportunité d’un franc breton, d’un franc d’oc, d’un franc chti, etc. Deuxièmement, il faut comparer la monnaie unique (notre situation actuelle) à la seule alternative possible qui est le flottement des monnaies. L’idée de revenir à un régime de change fixe comme avant l’euro est au mieux un leurre, au pire un cauchemar. Nous avons été bien contents de mettre fin au Système monétaire européen après la crise de 1992-93. Mais le flottement des monnaies, c’est la guerre des monnaies à domicile, alors que nous passons notre temps à nous plaindre de celle menée par les Etats-Unis ou le Japon. Troisièmement, le bénéfice de la monnaie unique, comme celui de facebook, tient au nombre de participants. Réduire le nombre de participants à l’euro, comme le proposent certains, c’est amenuiser son intérêt. Nous avons trop tendance à oublier que nous exportons davantage vers l’Italie que vers les Etats-Unis. Vous aimez la volatilité du dollar, vous adorerez celle de la lire italienne. Et puis il y a l’Espagne. Nous vendons presque autant à l’Italie et à l’Espagne réunies qu’à l’Allemagne. Que diront nos entreprises lorsque ces deux pays auront dévalué de 30% ? À ceux enfin qui privilégient le canal historique – les six pays de la Communauté européenne du charbon et de l’acier – on peut opposer que les principaux conflits actuels liés à la gestion de l’euro ne concernent ni l’Estonie, ni l’Autriche, ni la Slovénie. Quant au Portugal, son effort d’ajustement devrait nous inspirer le respect. Si l’Irlande nous agace avec son taux d’imposition sur les sociétés à 12,5%, c’est bien autour du couple franco-allemand que se cristallisent les frictions. Inutile donc de jeter les wagons du train électrique si c’est la locomotive qui est en panne. Quant à la locomotive, on peut la réparer, si l’on s’en donne la peine.

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