30 universitaires et une conviction : l'importance d'un débat ouvert et accessible

Autoentreprise créatrice d’emploi ?

auto entrepriseRéforme mal venue. Bien décidé à respecter sa promesse d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année, le Président de la République François Hollande ne néglige aucune piste. Au gouvernement d’œuvrer en ce sens. Présenté fin août en conseil des ministres, le projet de loi réformant le statut d’autoentrepreneur ne sera pas examiné avant janvier 2014 au Parlement. La ministre en charge du dossier, Sylvia Pinel, propose d’accélérer la mutation de ce régime qui permet de créer simplement et rapidement une entreprise, tout en bénéficiant d’un traitement fiscal avantageux, à un régime de droit commun. Pour Pierre CAHUC, « cela montre la porosité du gouvernement aux lobbies qui défendent leur pré carré, les professions protégées ». En effet, les critiques sont nombreuses de la part notamment des artisans qui voient en ce statut spécifique une concurrence déloyale.

Réussite évidente. Le nombre de créations de sociétés a explosé entre 2008 et 2012, passant de 300.000 à 550.000, tiré justement par les autoentreprises. Mais comme le souligne Pierre CAHUC : « leur poids macroéconomique reste toutefois modeste. Elles représentent 0,25% du PIB. La moitié d’entre elles n’est pas active. Quant à celles qui le sont, elles réalisent moins de 1.500 euros de chiffre d’affaires trimestriel  ». Avec la réforme, le gouvernement veut, entre autres, réintroduire davantage de règles administratives. Pour le Professeur de Sciences Po, « il aurait été plus judicieux d’engager une réflexion sur l’intérêt des règles qui limitent l’accès à certains métiers et de toute évidence défavorables à l’emploi ».

Autodéfense de castes. Dans un entretien récemment accordé au magazine Challenges, Pierre CAHUC n’hésitait pas à dénoncer la position gouvernementale : « la manière dont est géré le dossier des autoentrepreneurs est inquiétante », jugeait-il alors. Aujourd’hui, l’économiste souligne que « les contraintes microéconomiques érigées par le gouvernement brident l’activité et l’entrée des jeunes sur le marché du travail. Elles ont un impact négatif sur l’emploi, le pouvoir d’achat et la croissance  ». Des contraintes qui «  ne profitent dans bien des cas qu’à une minorité bien organisée ». Dès lors, pourquoi revoir un régime gagnant ? La balle est dans le camp de Madame Pinel.

Les Thématiques