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Banques centrales en Allemagne, en France et élections : des tensions ?

La fin du « quoiqu’il en coûte » a été sifflée le 9 septembre par Christine Lagarde sur un mode très « banque centrale européenne » : feutré, indirect et à long terme. Ce fut la décision de réduire les achats d’urgence de bons du trésor et d’obligations privées (PEEP), prise à l’unanimité lors de la réunion du Conseil des gouverneurs. De fait, on n’a entendu aucune réaction politique en Allemagne, en pleine campagne législative, ni ici, à l’orée de la présidentielle. Pourtant, il faudra bien revoir les programmes et les prévisions budgétaires à moyen terme, surtout ici. Le rendement des emprunts d’état, lui, l’a perçu : en Allemagne, il est passé de -0,5% fin août à -0,3% et il devient positif en France à 0,03%, contre -0,15% à la même date. Presque rien ? Sauf si nos politiques continuent à faire des milliards de promesses.

Bien sûr, la politique monétaire n’est officiellement pas un sujet électoral en Allemagne : la BUBA (Banque centrale allemande) est indépendante. Mais voilà des semaines que son Gouverneur voulait ce signal avancé de normalisation de la politique monétaire. En cela, il était très appuyé par ses collègues néerlandais et autrichien. Voilà aussi des mois que ce même Gouverneur alertait sur la taille du portefeuille de titres publics et privés achetés par la BCE : 70% du PIB de la zone euro, à comparer avec 40% pour les États-Unis. Un écart qui inquiétait la BUBA mais pas seulement, puisque des politiques de droite sinon d’extrême-droite l’ont attaquée, elle, devant la Cour suprême allemande ! Le prétexte était que la BUBA, participant de fait à la politique de la BCE, menait une « action disproportionnée », favorisant trop d’autres économies (du sud ?) au détriment de l’Allemagne. Ce qui a poussé la BUBA à défendre la BCE ! Elle l’a fait, mais le message des limites politiques allemandes aux actions de soutien de la BCE est passé.

Bien sûr, dans la campagne présidentielle française qui commence, il est désormais acquis que la BdF (Banque de France) est indépendante. On ne blâme plus « l’euro fort », personne ne parle de le quitter. Peut-être, nos dirigeants actuels et futurs ont-ils mesuré l’avantage qu’il y a à ne pas souffrir de la « contrainte budgétaire maastrichtienne », quand la dette publique est gratuite. N’empêche, le rythme de réduction des achats de titres par la BCE va entrer dans le débat, même s’il est moins sensationnel que l’annulation de la dette publique française détenue par la Banque de France : une idée qui eut ici son heure de gloire, avant de disparaître. Mais on ne sait jamais.

Les taux longs vont donc monter : le temps des « déficits sans pleurs » lié à la pandémie est compté. Certes, la BCE va tenter de freiner la normalisation de sa politique en haussant son objectif d’inflation : 2% en moyenne à moyen terme, avec l’idée récente d’en faire un objectif « symétrique » autour de ce chiffre, au-dessous ou au-dessus, et non plus « inférieur à et proche de 2% à moyen terme », selon l’ancienne formule célèbre. Aujourd’hui aussi, les ministres des finances de l’Eurogroupe veulent revoir (alléger ?) les règles d’encadrement de la dette publique et les Frugaux s’inquiètent. La BCE accordera-t-elle un traitement privilégié aux green bonds ? Comment les règles de « viabilité budgétaire » vont-elles intégrer les investissements de décarbonation ? Bref les taux montent parce que la situation s’améliore et la politique revient, avec de « nobles causes » à financer : lutter contre la pandémie et le réchauffement !

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