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Pourquoi la bourse s’en prend aux banques ?

550d634082bc43ba7072d8b0f87a6203-627x362Depuis le début de l’année, les banques européennes ont perdu environ un quart de leur valeur en bourse. Les banques françaises ont vu leurs actions fondre de 30%. Est-ce bien raisonnable ? L’économiste Jean-Paul Betbeze explique pourquoi cette tendance est, selon lui, étonnante.

Pas facile de comprendre pourquoi la bourse fait subir aux banques ces baisses. En 2008, on pouvait comprendre : c’était la Grande récession. En Espagne, en 2012, aussi : c’était la bulle immobilière. En Grèce, en 2015, bien sûr : c’était la bulle, et des comptes troubles dans banques très fragiles, dans une économie en crise. Mais aujourd’hui, faire chuter des banques italiennes qui auraient bien plus de créances douteuses que prévu alors que le système de protection se met en place ? Penser que la Deutsche Bank va faire défaut sur des obligations ? Sanctionner la Société générale (qui vient d’annoncer des profits en hausse de 45 %) parce qu’elle ne peut jurer que la rentabilité de ses fonds propres atteindra 10 % en 2016… c’est un peu fort !

De fait la croissance est en train de faiblir, et ceci ne dit rien de bon pour les futurs profits bancaires. Les ralentissements pourraient conduire à des crédits compromis, puis à des pertes qui pousseraient à la récession. Mais aujourd’hui, ce n’est pas de récession qu’il s’agit aux États-Unis et en Europe. C’est d’une reprise modeste chez les premiers, et très lente – mais qui se poursuit – chez la seconde.

Partout les taux sont très bas, donc, sauf erreur d’octroi, les crédits compromis devraient être réduits. Aux États-Unis, la pente des taux est de 150 points de base, ce qui permet des marges. En zone euro, la pente est très plate et l’inflation nulle, ce qui oblige à faire plus attention que jamais aux crédits et à serrer les écrous sur la gestion.

Ensuite, la zone euro a une politique monétaire qui assure sans problème toute la liquidité nécessaire aux banques. A-t-on oublié ? Elle dispose d’une union bancaire, autrement dit de systèmes de tests et de surveillance, plus de systèmes d’aides. A-t-on oublié ?

Bien sûr le système bancaire va changer avec la nouvelle économie de la communication. De plus en plus de clients particuliers vont accéder à leurs banques par smartphone sans se rendre dans leur agence, ce qui est moins cher que des réseaux en dur. Des clients particuliers vont demander en direct des crédits, mais on pourra mieux les connaître et les suivre. Bien sûr il va y avoir plus de désintermédiation et de crowdfunding. Mais les banques achètent des fintechs et ouvrent leurs banques directes. Bien sûr, il va y avoir d’importantes secousses, notamment sociales, mais les banques le savent.

S’inquiéter tant des banques dans la période actuelle est surprenant. On pourrait plutôt s’inquiéter du fait qu’elles sont bridées et trop contrôlées, pas de l’inverse. On peut être surpris du fait que leur valorisation baisse encore, maintenant que leur levier a lui-même baissé depuis longtemps, que la pente des taux est aplatie et que la croissance est plus faible. Les banques savent que leurs ventes doivent être plus encadrées (MIFID II), leurs risques plus suivis, leurs règlements et leurs reportings plus serrés. Elles vivent une technologie omniprésente et une concurrence féroce. Donc il y aura des spécialisations et plus encore des concentrations, mais pas de drames – ils sont plutôt derrière.

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